ANTOINETTE VONLANTHEN
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Archiv: August 2016

Un miracle économique

Il y avait une fois un jeune homme de quinze ans qui s’appelait Laurenzo. Il habitait avec ses parents, ses deux frères et sa sœur, dans une ville au sud de l’Italie, plus exactement à Catanzaro, la capitale de la Calabre en Sicile. Son père cultivait le blé dur, dont le rendement était plutôt faible. Il possédait aussi des cultures d’arbres fruitiers: des agrumes, des pêchers, des poiriers, mais aussi des oliviers et des vignes. Sa mère cousait les costumes traditionnels que portaient les femmes aux jours de fête. Laurenzo aimait observer les animaux, les gens, la mer et le ciel. Il était de nature solitaire et se promenait dans la forêt de chênes verts et de pins, dégradée en garrigues ou en maquis. Tôt le matin, il longeait les quais où étaient accostés les bateaux. Il regardait les pêcheurs partir au large. A leur retour, ils s’empressaient de livrer leurs produits aux poissonniers. Laurenzo se promettait qu’un jour il serait «pescatore». Lorsqu’il parla à son père de son avenir, celui-ci s’en étonna et lui répondit:

— Comme pêcheur, tu ne gagneras pas ton pain à la mesure de ton intelligence! De plus, les poissons sont de plus en plus atteints de maladies et meurent. Un jour, ils auront disparu.

Laurenzo ne s’attendait pas à cette prise de position. Lui, son père, qui aimait tant la nature.

— Quelle autre profession pourrais-je exercer si ce n’est la pêche? demanda le jeune homme à son père.

— Va travailler à l’Istituto per la Ricostruzione Industriale, qui regroupe diverses sociétés nationales dans ses différentes branches et qui contrôle des secteurs entiers de la production, tels que Fiat, Pirelli et Olivetti. Tu iras à Milan où se situent les sièges de la plupart des sociétés italiennes, répondit son père.

La mère de Laurenzo venait de rentrer par la porte de la terrasse, portant à son bras un corbeille d’olives vertes. Elle avait entendu les propos du père. Elle y ajouta:

— Oui, Laurenzo, et tu porteras une chemise blanche, une cravate de soie et un costume noir! Son père continua:

— Dans notre famille, tu seras qualifié de miracle économique!

— Je préfère m’en aller au loin, sur la mer étincelante sous le ciel bleu, ou rugissante, mauve et profonde sous la tempête, y attendre le poisson, regarder le soleil et les étoiles qui flottent dans l’air libre, trouver le bonheur et vendre la pêche aux habitants et aux touristes de la région, répondit Laurenzo.

— Ecoutez donc ce jeune homme! Quelle naïveté! s’exclama le père, qui poursuivit:

— Etudie les écrivains de la Renaissance florentine: Dante, Pétrarque, Boccace. Ainsi, tu deviendras quelqu’un de bien!

Sous l’influence de son père, Laurenzo se sentit démuni et vulnérable. Ne voulant déplaire ni à son père, ni à sa mère, il pensa qu’ils avaient certainement raison, que les adultes savaient de quoi était faite la vie.

Après sa scolarité, le jeune homme partit étudier l’économie à Milan. Plus tard, il trouva un poste à responsabilité à l’usine Fiat. Il fut entouré de managers pleins de verve et très efficaces. Laurenzo gagna beaucoup d’argent et devint une personnalité reconnue et estimée. Il dépensa son argent pour des restaurants et des voitures de luxe, des bijoux qu’il offrait aux femmes. Lorsqu’il se déplaçait en taxi et que le chauffeur lui demandait où il devait le conduire, Laurenzo répondait en riant:

— Où que vous alliez, tout le monde m’attend! Le chauffeur pensa que son passager était blindé et que le succès lui avait tourné la tête. Souvent, Laurenzo pensait à ce que son père lui avait dit: «Tu seras un miracle économique».

Au fil des ans, l’activité professionnelle du célèbre économiste s’avéra de plus en plus difficile. La lenteur du système économique italien, les réformes et la multiplication des scandales politiques aggravaient le mécontentement des gens et commença à provoquer grèves sur grèves. Les clients de la société Fiat se mirent à manquer. Le contrat de Laurenzo fut résilié et il fut nommé à la tête d’un nouveau département. Ses collaborateurs lui firent des remarques sur son célibat, ce qui déstabilisa quelque peu notre italien arriviste. Pour une personnalité de cet ordre, il n’était pas difficile de séduire une femme. Marcella, une Milanaise, tomba sous son charme. Ils annoncèrent leur mariage peu après leur rencontre. Les parents de Laurenzo et ses amis se réjouirent de la bonne tournure que prenait l’avenir du beau couple. Ils eurent deux enfants. Arrivé au sommet de la gloire, Laurenzo devint au fil des ans hargneux et violent. Il commença à boire des alcools forts.

Une nuit, il fit un rêve qui transforma sa vie: un ange l’attendit un matin, alors qu’il sortait de la maison. L’ange était habillé de blanc, son regard était lumineux et plein de sagesse, ses paroles l’étaient encore plus. Il chuchota à Laurenzo:

— N’écoute que toi-même et ne répète jamais ce que les autres te font dire.

Puis, l’ange disparut. Laurenzo prit peur. Il se réveilla en sursaut, se leva, se mit devant la fenêtre et l’ouvrit. Dans la nuit obscure, il entendit le cri d’une chouette. Puis, dans l’espace de quelques secondes, il vit une image défiler devant ses yeux: l’eau de la mer reflétait son visage et son corps, tenant dans sa main une canne à pêche. Laurenzo ne sut plus si cela tenait de la réalité ou du rêve. Il avait le sentiment d’être retombé dans un piège et se sentit menacé.

Il réalisa alors combien il avait agit pour le plaisir des autres. Il avait renoncé au plus humble de ses plaisirs, la pêche et la nature, pour satisfaire aux exigences de ses parents. Maintenant, il comprenait l’enchaînement de ses actes. Une grande colère mêlée de tristesse monta en lui. Son avenir n’avait plus de sens. Vivre pour l’amour des autres? Non. Le matin, quand il descendit à la cuisine, il en parla à Marcella. Elle devint neurasthénique. Elle fit ses valises, quitta Laurenzo sur le champ et alla se réfugier avec leurs enfants chez sa mère, dans la banlieue de Rome. Laurenzo pleura leur départ mais ne fit rien pour les retenir. Il quitta Milan et le somptueux appartement qu’il avait partagé avec Marcella et les enfants. Il s’installa à Cosenza, ville située non loin de celle de ses parents, au bord de la mer tyrrhénienne.

Là, il créa une entreprise où tous les pêcheurs de la région étaient regroupés. Ensemble, ils fixèrent le prix de vente du poisson, discutèrent de l’environnement, de l’écologie, du tourisme, de l’avenir des pêcheurs, des poissonniers, mais aussi de l’avenir des requins, de la raie, de la carpe, de l’anguille, du saumon et de la perche, ainsi que d’autres espèces.

Tout le monde aimait Laurenzo. A 34 ans, il commença à être vraiment heureux. Il baptisa son entreprise «Miracolo».
Bien plus tard, un de ses fils, Antonio, vint le rejoindre à Cosenza lorsqu’il eut 24 ans.

Il dit alors à son père: «J’aimerais te parler de mon avenir, veux-tu?»

 

 

Ein Wirtschaftswunder

Es war einmal ein fünfzehnjähriger Junge mit Namen Laurenzo. Er lebte zu­sammen mit seinen Eltern, seinen beiden Brüdern und seiner Schwester in ei­ner Stadt in Sü­ditalien, genauer in der Region Kalabrien, in Catanzaro, der Hauptstadt der gleichna­migen Provinz. Sein Vater baute Hartweizen an, des­sen Ertrag eher bescheiden war. Er besass auch Obstbaumkulturen: Zitrus-, Pfirsich- Birn-, Olivenbäume sowie und Rebstöcke. Seine Mutter nähte traditionelle Kostüme, welche die Frauen jeweils an Festtagen trugen. Lau­renzo liebte es, die Tiere, die Menschen, das Meer und den Himmel zu beobachten. Er war von Natur aus ein Einzelgänger und ging in im Stein­eichen- und Pinienwald spazieren, der in Strauchheide  oder Macchia auslief. Früh­morgens ging er den Quais entlang, an denen die Boote angelegt hatten. Er schaute zu, wie die Fischer aufs Meer hinausfuhren. Nach ihrer Rückkehr beeilten sie sich, ihre Produkte den Fischhändlern zu liefern. Laurenzo schwor sich, dass er eines Tages „pescatore“, Fischer, werden würde.

Als er mit seinem Vater über seine Zukunft sprach, war dieser sehr erstaunt und ant­wortete ihm:

– Als Fischer verdienst du dein Brot nicht deiner Intelligenz entsprechend! Zudem sind die Fische mehr und mehr von Krankheiten befallen und sterben. Eines Tages werden sie verschwunden sein.

Einen solchen Standpunkt hatte Laurenzo nicht erwartet. Er, sein Vater, der die Natur so sehr liebte.

– Welchen anderen Beruf ausser der Fischerei könnte ich denn ausüben?, fragte der Junge seinen Vater.

– Geh ins „Istituto per la Ricostruzione Industriale“ arbeiten, das in seinen unter­schiedlichen Branchen verschiedene nationale Unternehmen vereinigt und ganze Pro­duktionssektoren wie Fiat, Pirelli und Olivetti kontrolliert. Du wirst nach Mailand ge­hen, wo sich mehrheitlich die Hauptsitze der italieni­schen Gesellschaften befinden“, antwortete sein Vater.

Die Mutter von Laurenzo kam mit einem Korb grüner Oliven am Arm zur Ter­rassen­türe herein. Sie hatte die Vorschläge des Vaters gehört und fügte hinzu:

– Ja, Laurenzo, und du wirst ein weisses Hemd, eine Seidenkrawatte und ei­nen schwarzen Anzug tragen!

Sein Vater fuhr fort:

– In unserer Familie wird man dich als Wirtschaftswunder bezeichnen!

– Ich ziehe es vor, in die Ferne aufs Meer hinaus zu fahren, das unter dem blauen Himmel glitzert oder tosend bei Sturm, malvenfarbig und tief ist, auf die Fische zu warten, die Sonne und die Sterne zu beobachten, die am freien Himmel schweben, das Glück zu finden und den Fang den Einwohnern oder den Touristen der Region zu verkaufen, antwortete Laurenzo.

– Hört euch diesen Jungen an! Welche Naivität!, rief sein Vater aus und fuhr fort:

– Lies die Dichter der florentinischen Renaissance: Dante, Petrarca, Boccac­cio. Dann wird etwas Anständiges aus dir!

Unter dem Einfluss seines Vaters fühlte sich Laurenzo hilflos und verletzlich. Er wollte weder seinem Vater noch seiner Mutter missfallen und dachte, sie hätten bestimmt Recht, die Erwachsenen wüssten ja, worauf es im Leben an­komme.

Nach der Schule ging der junge Mann nach Mailand, um Wirtschaftswissen­schaften zu studieren. Später fand er eine verantwortungsvolle Stelle beim Fiat-Konzern. Er war umgeben von dynamischen und effizienten Managern. Er verdiente viel Geld und wurde eine bekannte und geschätzte Per­sönlichkeit. Er gab sein Geld in teuren Restaurants und für Luxusautos sowie für Schmuck aus, den er an Frauen ver­schenkte. Wenn er ein Taxi nahm und der Taxichauffeur ihn fragte, wohin er ihn fah­ren solle, antwortete er la­chend:

– Wohin Sie auch gehen, ich werde überall erwartet!

Der Chauffeur dachte, seinem Fahrgast sei der Erfolg in den Kopf gestiegen. Lorenzo dachte oft daran, was ihm sein Vater gesagt hatte: Du wirst ein Wirtschaftswunder sein.

Mit den Jahren erwies sich der Beruf des berühmten Wirtschaftsexperten als immer schwieriger. Die Trägheit des italienischen Wirtschaftssystems, die Reformen und die Zunahme der politischen Skandale steigerten die Unzufrie­denheit der Leute und lösten einen Streik nach dem anderen aus. Die Kunden des Fiat-Konzerns blieben aus. Man kündigte Laurenzo den Vertrag und er wurde an die Spitze einer neuen Abteilung geru­fen. Seine Mitarbeitenden machten Bemerkungen über seine Ehelosigkeit, was unseren italienischen Streber etwas verunsicherte. Für eine Persönlichkeit seines Ranges war es nicht schwer, eine Frau zu verführen. Marcella, eine Mailänderin, ver­fiel seinem Charme. Kurz nachdem sie sich kennen gelernt hatten, gaben sie ihre Vermählung bekannt. Die Eltern und Freunde von Laurenzo freuten sich über die glückliche Wende, die die Zukunft des schönen Paares nahm. Sie bekamen zwei Kinder. Auf dem Gipfel des Ruhmes angelangt, wurde er mit den Jahren zän­kisch und gewalttätig. Er begann damit, starke alkoholische Getränke zu trinken.

Eines Nachts hatte er einen Traum, der sein Leben veränderte: an einem Morgen, als er das Haus verliess, erwartete ihn ein Engel, weiss gekleidet. Sein Blick war strahlend und voll Weisheit und noch weiser waren seine Worte. Er flüsterte Laurenzo zu:

– Höre nur auf dich selbst und wiederhole nie, was andere dir sagen.

Dann verschwand der Engel. Laurenzo bekam Angst. Er fuhr aus dem Schlaf hoch, stand auf, stellte sich ans Fenster und öffnete es. In der dunklen Nacht hörte er den Ruf einer Eule. Dann, während einiger Sekunden, sah er ein Bild vor seinen Augen vorbeizie­hen: Das Wasser des Meeres reflektierte sein Gesicht und seinen Körper, in der Hand hielt er eine Angelrute.

Laurenzo wusste nicht mehr, ob dies Wirklichkeit oder Traum war. Er hatte das Gefühl, in eine Falle geraten zu sein und fühlte sich bedroht.

Er realisierte nun, wie oft er zur Freude der anderen gehandelt hatte. Er hatte auf seine bescheidensten Freuden, das Fischen und die Natur, verzichtet, um die Ambitionen seiner Eltern zu befriedigen. Er begriff nun die Verkettung sei­ner Handlungen. Eine grosse Wut vermischt mit Trauer stieg in ihm hoch. Seine Zukunft hatte keinen Sinn mehr. Leben für die Liebe der anderen? Nein. Am Morgen, als er in die Küche hinunter ging, sprach er mit Marcella darüber. Sie wurde neurasthenisch, packte die Koffer und suchte zusammen mit ihren Kindern Zuflucht bei ihrer Mutter, die in einem Vorort Roms wohnte.

Laurenzo weinte als sie gingen, aber er unternahm nichts, um sie zurückzuhalten. Er verliess Mailand und seine luxu­riöse Wohnung, die er mit Marcella und den Kindern geteilt hatte. Er liess sich in Cosenza nieder, einer Stadt in der Nähe derjenigen, in der seine Eltern lebten. Dort gründete er eine Gesellschaft, in der alle Fischer der Region zu­sammengeschlossen waren. Gemeinsam legten sie die Verkaufspreise für Fi­sche fest, diskutierten über Umwelt, Ökologie, Tourismus und die Zukunft der Fischer und der Fischhändler, aber auch über die Zukunft der Haie, Rochen, Karpfen, Aale, Lachs, Barsche und anderer Arten.

Alle liebten Laurenzo. Mit 34 Jahren begann er wirklich glücklich zu sein. Er taufte seine Gesellschaft ”Miracolo”, Wunder.

Viel später, mit 24 Jahren, kehrte Antonio, einer seiner Söhne, zu ihm nach Cosenza zurück. Er sagte zu seinem Vater: „Ich möchte mit Dir über meine Zukunft sprechen, willst du?“