ANTOINETTE VONLANTHEN
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Kategorie: Communiquer en français

HOMMAGE À GRETY SCHALTEGGER-FLÜCKIGER

Mam’ nous a quittés pour toujours le 18 janvier 2018. Elle aurait célébré son centenaire le 10 mai 2018. Elle était une personnalité forte, aimait les valeurs traditionnelles et aussi l’autonomie. Dans notre famille, elle était une manager, prenant de nombreuses décisions seule. Longtemps, elle a accompagné et soigné sa mère (ma grand-mère), ainsi que sa belle-mère (ma grand-mère paternelle) et sa propre sœur qui souffrait de problèmes de santé.

Jusqu’en 1944, maman était gérante dans l’une des premières COOP à Huttwil dans le canton de Berne. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, un soldat, son futur mari, achetait des chaussettes tricotées à la main et venait souvent au magasin. Ce fut le coup de foudre. Il l’emmena en Suisse romande où ils se marièrent. Mes grands-parents maternels regardaient le départ de leur fille dans une culture étrangère avec beaucoup de scepticisme. Plus tard, à Moudon dans le canton de Vaud où mes parents s’installèrent, ils leur rendirent visite avec beaucoup de fierté.

Déjà, en tant que jeune fille, je suivais de très près les inquiétudes et les joies de maman. Dans les années 60, elle devait améliorer son français pour pouvoir travailler à temps partiel. Elle était financièrement coresponsable de la construction de notre maison nouvellement construite. Elle faisait le ménage et travaillait comme vendeuse dans le plus grand magasin de la ville „Les Galeries“.

Maman était souvent malade, accablée par son double rôle de soutien à la famille : épouse, femme au foyer, mère de trois filles et travaillant dans une région inconnue de la Suisse romande. Elle aimait cuisiner et suivait les valeurs de ses parents: cultiver les légumes de son propre jardin, les laisser pousser et récolter des légumes croquants en quelques mois.

En tant que fille, j’étais empêtrée dans tous ses rôles féminins et comprenais très bien ses besoins. La vie quotidienne ne fonctionnait que lorsque tous les membres de la famille mettaient la main à la pâte. Même lorsque nous les filles étions devenues adultes, maman est restée le centre de la famille. Nous échangions des recettes de cuisine, elle rayonnait en cuisinant et vivait sa passion jusqu’à l’épuisement. Elle possédait d’innombrables capacités et compétences: elle aimait jouer du piano, tricoter, lire, parler aux gens et était capable de classer et d’analyser rapidement les événements. Elle était aussi une bonne infirmière, elle gérait l’argent avec parcimonie, ce qui n’était souvent possible que grâce à sa sévérité et à son humilité. Avec des mots croisés, elle entretenait sa mémoire et, jalousement, je la regardais trouver les solutions.

Maman a été fortement influencée par le conditionnement de la femme, mais à l’époque personne n’en parlait. Dans les années 1950, après la Seconde Guerre mondiale, les progrès technologiques ont rapidement progressé, de même que la croissance économique engendrait la richesse matérielle. Mais, les femmes devaient se battre si elles voulaient poursuivre leurs études, travailler ou sortir des systèmes familiaux traditionnels. Pour pouvoir travailler, elles devaient avoir le consentement du mari. Les jeunes femmes étaient emprisonnées pour une histoire d’amour, et l’homme en tant que chef de famille pouvait gaspiller l’argent, sortir, avoir une affaire avec une femme sans qu’il soit remis en question. Au second plan, ou en silence, beaucoup de femmes devaient prendre des décisions existentielles. Au premier plan, elles n’avaient pas le droit de voter. Aujourd’hui, je me demande si maman était consciente de la vie difficile qu’elle menait dans une communauté francophone et, dans l’affirmative, avec qui pouvait-elle en parler?

Maman se débrouillait avec les moyens du bord comme par exemple construire un réseau germano-suisse et d’aider les autres. À travers l’amour pour son mari, elle a découvert une culture mixte composée de personnes ouvertes et réceptives à la différence de l’autre. Quand je lui ai demandé un jour si son choix linguistique était bon pour elle, elle a répondu « Oui, jamais, je ne serais retournée en Suisse alémanique. » Elle avait le sens des priorités, parfois elle disait nostalgiquement qu’elle aurait aimé étudier.

Dans les années 1980, Mam’ et Pap’ ont trouvé un emploi idéal au Camping Avenches VD, où ils ont travaillé jusqu’à leur retraite en tant que gérants de camping. Ils avaient acheté une caravane pour la saison estivale. Ainsi, le rôti du dimanche était garanti pour tout le monde. En même temps, la maison familiale devait être entretenue et maman, surorganisée, réussissait à faire en sorte que la bonne chose arrive au bon moment. Quoi qu’elle ait fait avec papa, cela demandait de l’initiative et de la force. C’était sa façon de vivre une vie intéressante et ambitieuse. Le travail a uni mes parents et les a accompagnés dans la vieillesse.

Maman reste au centre de ma vie, non seulement parce que je suis sa fille et parce qu’une relation fille-mère est automatiquement donnée. Non, je comprenais les transitions, même les transgressions, les faiblesses et les blessures de cette femme forte. Elles appartenaient à une époque où la plupart des femmes poursuivaient, aujourd’hui encore, un but commun:

Être comprise, respectée et reconnue.

 

©Rédaction et traduction, Antoinette Vonlanthen-Schaltegger  (Institut de Langue Française et d’Expression ILFE)

Langenthal, le 24 janvier 2018

 

WÜRDIGUNG FÜR MEINE MUTTER,  GRETY SCHALTEGGER-FLÜCKIGER

Mam ist am 18. Januar 2018 für immer gegangen. Sie hätte am 10. Mai dieses Jahres ihren 100. Geburtstag feiern können. Sie war eine starke Persönlichkeit, liebte traditionelle Werte, aber auch ihre Autonomie. In unserer Familie war sie eine geborene Führungskraft, die viele Entscheidungen alleine getroffen hat. Sie begleitete und pflegte nicht nur jahrelang ihre Mutter (meine Grossmutter), sondern auch ihre Schwiegermutter (meine Grossmutter väterlicherseits) sowie ihre eigene Schwester, die in ihrer Gesundheit beeinträchtigt war.

Bis 1944 war meine Mutter Geschäftsführerin einer der ersten COOP Filialen in Huttwil im Kanton Bern. Am Ende des Zweiten Weltkriegs kaufte ein Soldat, ihr zukünftiger Ehemann, dort gestrickte Socken und kam danach öfters in den Laden. Das war der Beginn ihrer Liebe. Sie folgte ihm in die Westschweiz, wo sie heirateten. Meine Grosseltern mütterlicherseits sahen der Abreise ihrer Tochter in eine fremde Kultur mit grosser Skepsis entgegen. Später waren sie stolz auf sie und besuchten ihre Tochter und ihren Schwiegersohn oft in Moudon im Kanton Waadt, wo meine Eltern eine Familie gründeten.

Als junges Mädchen habe ich viel von den Sorgen und Freuden meiner Mutter mitbekommen. In den 1960er Jahren musste sie ihr Französisch verbessern, damit sie einer Teilzeitarbeit nachgehen konnte, denn sie trug die finanzielle Mitverantwortung für den Bau unseres neuen Hauses. Sie erledigte die Hausarbeit und arbeitete als Verkäuferin im grössten Geschäft der Stadt „Les Galeries“ in Moudon, wo wir wohnten.

Sie war oft krank, überfordert von ihrer Doppelrolle als Ehefrau, Miternährerin, Hausfrau, Mutter dreier Töchter sowie als Berufstätige in einer unbekannten Region in der Romandie. Meine Mutter kochte gerne und übernahm die Werte ihrer Eltern: das Gemüse im eigenen Garten anbauen, gedeihen lassen und in wenigen Monaten knackiges Gemüse ernten.

Als Mädchen waren mir all ihre Frauenrollen vertraut, und ich verstand daher ihre Nöte sehr gut. Der Alltag funktionierte nur, wenn alle Familienmitglieder mithalfen. Als wir drei Mädchen erwachsen wurden, blieb unsere Mutter das Zentrum der Familie. Wir tauschten Rezepte aus. Mam blühte beim Kochen auf und lebte ihre Leidenschaft mit Herzblut, bis zur Erschöpfung. Sie besass unzählige Fähigkeiten und Kompetenzen: Sie spielte gerne Klavier, strickte, las, redete mit Menschen und konnte Taten sowohl schnell einordnen als auch analysieren. Sie war auch eine gute Krankenpflegerin, konnte mit Geld sparsam umgehen, was oft nur dank ihrer Strenge und Demut zu sich selbst möglich war. Mit Kreuzworträtseln trainierte sie ihr Gedächtnis und voller Neid schaute ich zu, wie sie die Lösungen fand.

Meine Mutter war stark von traditionellen Frauenwerten geprägt. Nur damals sprach man nicht davon. In den 50er Jahren, nach dem Zweiten Weltkrieg, schritten sowohl der technische Fortschritt als auch das Wirtschaftswachstum rasant voran, was materiellen Wohlstand brachte. Frauen mussten aber hart kämpfen, wenn sie sich weiterbilden, beruflich engagieren oder sich den traditionellen Familienvorstellungen entziehen wollten. Damals durften sie ohne die Erlaubnis ihres Ehemannes nicht arbeiten und junge Frauen wurden wegen einer Liebelei ins Gefängnis gesteckt. Der Mann konnte als Familienoberhaupt das Geld verprassen, in den Ausgang gehen, Frauenaffären haben und die Schuld der Frau zuweisen, was teilweise auch heute noch gang und gäbe ist. Im Hintergrund mussten die Frauen existenzielle Entscheide treffen, im öffentlichen Leben hatten sie nicht einmal das Abstimmungsrecht. Heute frage ich mich, ob meiner Mutter ihr schwieriges Leben in einer frankophonen Gemeinde bewusst war, und wenn ja, mit wem hat sie darüber reden können. Mutters Lösung war damals, ein Deutschschweizer Netzwerk aufzubauen, um anderen zu helfen.

Durch die Liebe zu meinem Vater entdeckte meine Mutter das Zusammengehen verschiedener Kulturen, geprägt von Menschen, die offen und empfänglich für das Anderssein waren. Als ich sie eines Tages fragte, ob ihre neue Wahlheimat für sie richtig sei, antwortete sie mit Ja. „Niemals würde ich in die Deutschschweiz zurückgehen“, sagte sie. Sie hatte das Gespür für Prioritäten und manchmal sagte sie nostalgisch, sie hätte gerne studiert.

In den 80er Jahren fanden Mam und Pap eine ideale Arbeitsstelle auf dem Campingplatz Avenches im Kanton Waadt, wo sie bis zu ihrer Pensionierung als Campingplatz-Pächter arbeiteten. Sie hatten sich einen Wohnwagen für die Sommersaison gekauft. So war der Sonntagsbraten für alle garantiert. Gleichzeitig musste das Haus der Familie unterhalten werden, und Mutter, stets überorganisiert, schaffte es, für das Richtige im richtigen Moment zu sorgen. Was immer sie zusammen mit Vater unternahm, es brauchte Initiative und Kraft. Es war ihre Art, ein interessantes und ambitioniertes Leben zu führen.

Die Arbeit hat meine Eltern verbunden und begleitete sie bis ins hohe Alter.

Meine Mutter bleibt zentral in meinem Leben, nicht nur, weil ich ihre Tochter bin, und weil eine Tochter-Mutter-Beziehung automatisch gegeben ist. Ich konnte Übergänge, selbst Grenzüberschreitungen, Schwächen und Verletzungen dieser starken Frau nachvollziehen. Sie gehörten zu einer Epoche, in der die meisten Frauen, wie heute noch,  ein gemeinsames Ziel verfolgten:

Verständnis, Achtung und Anerkennung finden.

 

 

©Redaktion und Übersetzung: Antoinette Vonlanthen-Schaltegger (Institut de Langue Française et d’Expression ILFE)
Langenthal, 24. Januar 2018

 

 

Entre gens cultivés

Les bonnes manières, je les ai apprises par cœur. Elles m’ont accompagnée dans mon enfance, ma jeunesse, ma vie d’adulte: à table, manger sans laisser tomber la tête dans l’assiette, ne pas couper la salade avec le couteau, ne pas poser les coudes sur la table, ne pas terminer l’assiette en passant le pain comme une éponge dans la sauce, même si c’est excellent. J’ai aussi appris qu’il fallait nettoyer la bouche avec la serviette avant de porter le verre à la bouche. Qu’ai-je appris encore? Que lorsque je faisais une erreur, je devais me faire excuser, qu’il ne fallait pas interrompre un dialogue, être serviable, que savoir écouter était une qualité, voire une compétence, que de se laver les dents après les repas, porter des habits propres, apporter une fleur ou un autre présent à une personne malade, dire merci, étaient des signes du respect de soi favorisant le respect des autres.

À l’adolescence, en observant les adultes, j’ai vite déchanté. Les bonnes leçons, je les avais appliquées à la lettre sans que la plupart de mes « maîtres » mettent en place leur théorie. Je ne me considérais pas pour autant soumise ou dépendante des autres. Plus tard, dans le monde des « grands », universitaires ou managers, simples employés ou sans emploi, j’ai côtoyé, mais pas seulement, un univers composé d’adultes arbitraires et sans éducation. Curieusement, ils étaient socialement intégrés, jouaient un rôle maîtrisé dans un système flou. Croyant être capable de comprendre l’essentiel et de résister aux scènes les plus brutales et les plus burlesques, j’ai passé plus d’un tiers de ma vie à tenter l’impossible: comprendre l’ignorance, la mienne et celle des autres, comprendre les vérités, apprendre à me connaître en vue de réaliser mon potentiel créatif.

Les personnes fines et généreuses, au-delà des divergences culturelles et de leurs traditions, m’ont enseigné les rouages de la vie quotidienne, transmis leurs savoirs, partagé leur savoir-faire et savoir être sans arrière-pensée, sans idéologie. Encore aujourd’hui, elles parlent de leurs échecs et de ce qui les fait grandir. La confiance et la conviction étant la base de la relation, ces valeurs sont devenues une évidence sans qu’il faille s’efforcer à être positif ou efficace.

Qu’ils soient collègues de travail, membres de la famille ou amis, les gens bienveillants s’apppuient sur leur expérience personnelle. Ils vous téléphonent la nuit pour vous partager une idée ou un concept, vous offrent une promenade en vélo, voiture ou autocar et connaissent la colline de vos rêves, évitent de consulter la montre ou le portable en votre compagnie, répondent à vos questions de manière individuelle, entrent dignement en contact avec vous, maîtrisent la distance et la proximité, sans craindre l’après d’une interaction chaleureuse, ne se grattant pas le cuir chevelu ou passant des nuits blanches à réfléchir à la distinction entre rencontre personnelle ou professionnelle. Jamais, une personne cultivée vous rappellera qu’elle a déjà été là pour vous et que son temps est limité. Dans ce contexte, la transgression n’existe pas. Elle est un mouvement perpétuel de construction et de développement dans lequel le langage représente un tissu relationnel.

Lorsque dans un cercle ou un établissement, au milieu de beaux parleurs, quels que soient leur statut et leur provenance, lorsque ni le dialogue, ni l’âme et la parole ne trouvent leur place, où le silence – ou le bruit – devient à lui seul ordinaire, je me sens soulagée en disant à haute voix :

« C’est le bordel ». Une manière personnelle de redonner un peu de lumière, de me laisser guider par elle. Une familiarité facile pour ne pas me laisser tenter par la face obscure de la force qui gouverne notre monde. Car, entre gens cultivés, nous comprenons le langage des êtres vivants: il ouvre des portes sur de nouveaux horizons.

Ce privilège, je dirais même cet art de vivre, je le souhaite à chacun et à chacune d’entre vous pour l’Année 2018 !