ANTOINETTE VONLANTHEN
Institut de Langue Française et d'Expression ILFE • Bützbergstrasse 33 • 4900 Langenthal • Tel. +41 62 922 23 22
Headbild Blog
< Startseite Blog < www.ilfe.ch

Kategorie: Cours de français

Créativité langagière

Quand on parle d’éducation des adultes, trois éléments y participent : la nature, la culture, la société dans laquelle les relations humaines jouent un rôle prédominant.

Parmi les principaux défis à relever aujourd’hui dans l’enseignement des langues, plus particulièrement du français, figurent sans aucun doute la nécessité de concilier le respect des différences et comprendre la maîtrise de l’information, le transfert d’un élément à l’autre ainsi que les complexes transformations qui en découlent au niveau cognitif.

Les exigences sociales, politiques et économiques, perçues comme des crises passagères, s’infiltrent de manière subtile dans notre quotidien et nous influencent bien plus que nous ne le pensons. L’informatique et les applications numériques et téléphoniques ainsi que les technologies associées sont conçues pour une communication brève, éliminant les rouages de la communication humaine. Ils sont donc à redéfinir dans une perspective de créativité facile à mémoriser.

Se découvrir à travers le langage, un enrichissement

La découverte passe inévitablement par sa propre remise en question: dans quel milieu suis-je né ? Quelles images en ai-je, quelles expériences ai-je faites ? Quelles sont mes compétences sociales ? Suis-je apte à prendre du recul par rapport à des situations différentes ? Quelle est mon attitude envers les autres ? Quelles sont mes valeurs ? Comment ma manière de communiquer est-elle perçue par mon environnement ? L’individu étant le centre de la collectivité, le retour sur soi à travers l’acquisition d’une langue est paradoxalement une approche sociologique collective. Reconstruire un univers de pensée déclenche l’empathie et l’ouverture à la connaissance, à l’expérience, d’où en découle la compétence en communication.

Représentations dans la pratique

Selon mon expérience, l’application du français est plus facile lorsque divers éléments sont combinés entre eux. Par exemple,

  1. la grammaire et le vocabulaire sont liés à des facteurs autobiographiques, des visions, des situations d’apprentissage réelles.
  2. la sémantique linguistique cognitive est liée aux segments de la communication. La définition et l’interprétation des mots et leurs sources représentent des images utiles dans la mémorisation des acquis.
  3. la phonétique, liste des sons, articulation, acoustique, est liée au langage non verbal et inconscient. Apprendre à décrypter la gestuelle renseigne sur le ressenti, dévoile les émotions cachées. Le mouvement des mains informe sur l’authenticité ou la spontanéité du discours.
  4. la syntaxe – structure des phrases, conditions de bonne formation et règles – est liée à l’expression verbale de l’expérience. Elle rend le dire authentique.
  5. la conversation – ou dialogue – est liée à la conduite d’entretien. L’échange participatif authentique en est renforcé.
  6. la lecture est liée à la compréhension réciproque en situation d’échange; le développement d’idées en est stimulé.
  7. apprendre à apprendre est lié à la mise en œuvre d’un projet en relation avec la langue apprise.


Acquérir une langue, c’est également apprendre à s’orienter de manière différente.  L’expérience est une transmutation qui se reflète de manière naturelle dans l’approche linguistique.

S’épanouir à travers les connaissances linguistiques et la qualité de l’expression verbale

Nous pensons savoir qui nous sommes et pourtant nous ne sommes jamais exactement ce que nous pensons être. L’influence de l’éducation et de l’environnement nous rappelle à quel point notre autonomie est variable, voire limitée. La carrière ne vient pas d’elle-même : le titre, la fonction et le statut du poste ne sont ni une preuve ni une garantie. Chaque changement, chaque décision nous met au-devant de nouveaux défis. La pression culturelle prônant une carrière spectaculaire ternit la qualité de la communication et freine l’amélioration des connaissances linguistiques. Apprendre ou perfectionner l’expression verbale souligne nos doutes et demande sensibilité, profondeur et engagement. Se situer à travers le manque de temps pour apprendre une langue que nous aimerions pourtant parler est un alibi, une stigmatisation servant à se protéger du changement et du risque. Mémoriser est un processus sans lien avec la parole mais avec la confiance en soi, le vécu et l’image – positive – que nous nous faisons des relations humaines, la mise en place de priorités et d’objectifs. Vouloir progresser dans ce sens, c’est faire de la vision une réalité.

La rigidité mentale nuit au groupe, à l’organisation ou à l’entreprise (au système)

En Suisse alémanique, la communication passe plutôt par le canal de l’information et en Suisse romande, par le canal de l’échange social. Rester figé dans des canaux liés à l’interculturel, aux relations interpersonnelles ou fondamentalement aux mécanismes psychologiques est un des éléments majeurs de l’échec des interactions dans la communication verbale.

De plus, être attaché à un rôle ou une fonction était autrefois une marque de professionnalisme. Aujourd’hui, elle entrave la dynamique en entreprise car tout change à une vitesse extrême. La communication verbale est devenue un ensemble d’éléments dont il faut tenir compte dans l’immédiat. Si les formules de politesse dans la correspondance ou orales étaient autrefois une évidence, l’intégrité du propos et la manière d’être deviennent primordiales, même lorsque les intérêts boursiers dominent.

La parole axée sur des thèmes linéaires étouffe l’essentiel

La plus grande erreur que les entreprises commettent, et malheureusement elle influence la parole, consiste à engager des jeunes et relayer au second plan les personnes expérimentées. La mixité des âges donnent un souffle puissant à la culture d’entreprise et donc à la rentabilité. Éliminer un segment d’âge pour le remplacer par un autre est illogique et non conforme aux relations psychosociales et économiques. Que ce soit dans le monde des soins, de l’informatique ou du milieu managérial, le manque de personnel qualifié est le résultat d’une sélection élitaire parsemée d’échecs sur de nombreuses années. Les jeunes et les moins jeunes apprennent entre eux, ils se motivent, ce qui les rend efficaces. Ignorer ce principe est une immense perte de capital relationnel et professionnel, une dictature patriarcale dont il faut se séparer le plus vite possible.

Le renoncement pour une meilleure qualité de communication et plus de liberté

L’individu de demain, c’est celui qui partage son domicile, son job, qui étudie, exerce pendant dix ans et se réoriente vers un autre métier ou celui qui, sans formation particulière, décroche le job idéal. Celui ou celle qui renonce aux sorties, à l’achat d’une maison, aux vacances, pour investir dans une formation, le père de famille renonçant à son salaire et se débrouillant pour être près de ses enfants ou remplaçant sa conjointe occupée à plein temps.

La manière d’être, de dire et de faire en dit plus qu’un titre universitaire

La prise de conscience des inégalités entre hommes et femmes, les changements technologiques mais également le changement climatique, nous obligent à revoir nos concepts de vie. Nous le voyons actuellement, les jeunes disent aux adultes ce qu’ils ont à faire car ceux-ci n’ont pas le courage du changement.

Les connaissances linguistiques et les compétences en communication – j’entends par là la manière de dire – ne servent pas seulement à la carrière; elles sont plus que jamais utiles dans les interactions courantes, les entretiens professionnels, les relations politiques nationales et internationales.

Les systèmes de pensée varient d’une région, d’une nationalité, d’une génération à l’autre et ils sont sans cesse interconnectés et en mouvement. Personne ne nous instruit sur la manière de communiquer d’une dynamique à l’autre, car l’analyse des systèmes passe par la connaissance de soi. Elle nous renseigne sur notre sort et ainsi, dans l’acceptation de notre être, condition ultime pour progresser dans un environnement multiculturel.

S’intéresser à soi est une manière de s’intéresser aux autres

S’intéresser à soi est une démarche différente que le „nombrilisme“. Dans le premier cas, le questionnement sert à (se) comprendre pour transformer en mieux. Dans le deuxième, il n’y a pas de questionnement, c’est uniquement (souvent en groupe sectaire) „moi je“, „moi je détiens la vérité“.

Les cours de langue holistiques s’orientent vers des pistes créatives pour s’affranchir de la course infernale du „toujours vouloir plus“. Trouver les mots adéquats facilite l’évolution ou le changement de carrière. Les entretiens personnalisés tiennent compte des connaissances linguistiques, des ressources émotionnelles, de la connaissance de soi, l’expérience, les formations suivies, la trajectoire professionnelle et les attentes, les intérêts et les projets, l’importance accordée à l’ambition. La formation consiste à mettre en scène des situations en relation avec les talents.

Échanger, apprendre ensemble, agir

S’habituer à s’exprimer sur tout et rien, réfléchir au sens des mots sur une période plus ou moins longue tout en développant des sujets propices à la future carrière rend plus facile

a) l’analyse et la prise de décision

b) la mise en lien de découvertes et suppositions

c) l’incitation à l’initiative

d) le développement d’idées

e) l’organisation de projets

f) l’approche concrète de la vie personnelle, en entreprise ou en tant qu’entrepreneur.e

Les connaissances linguistiques et humaines sont étroitement liées

Les cours de langue, sous forme d’entretiens personnalisés, servent à renforcer les compétences en communication, à assurer des stratégies en fonction des choix personnels. Les personnes bilingues A/F en profitent particulièrement. Les connaissances de français mettent en relief efficacement des procédés pouvant être transférés dans la langue allemande. Ils peuvent être d’ordre sémantique, psychologique ou psychosocial. Lorsque la formatrice et la personne apprenante choisissent des thèmes actuels d’un commun accord ‒ comme mener un entretien dans diverses circonstances, résoudre des conflits, s’engager dans un groupe, diriger une entreprise, la manière d’élever ses enfants, analyser un auteur ‒ le développement ou la spécialisation d’une langue devient une leçon de vie. De ce concept holistique qui, sans aucun lien avec les cours de langue tandem, combine enseignement des langues, développement personnel, formation professionnelle, se dégage un potentiel extraordinaire.

La promenade de Camille et Virgule

Sur le chemin parsemé de cailloux, de sable mêlé à la terre, quelques brindilles de foin pendent aux buissons épineux. Camille, avec une joie féerique, marche d’un pas alerte, tenant en laisse le Briquet Griffon vendéen. Les yeux de Virgule, foncés et vifs, avec des sourcils bien prononcés, garnissent le contour de l’œil.

Par cette chaude journée d’été de juillet, la jeune fille, déterminée et pleine d’initiative comme son ami Virgule, s’arrête pour écouter un oiseau, le suivre des yeux, pour tremper le pied dans l’eau claire ou rebrousser chemin pour suivre un lézard.

Dans le léger sac au dos, un livre, qu’elle vient de trouver à la bibliothèque, l’accompagne. S’asseyant sur une grosse pierre, elle le dépose sur ses genoux et choisit une page au hasard. Une de ces phrases sur le concept du refoulement, imaginé par Sigmund Freud, l’exalte à en méditer le sens. Attentive au bruissement du feuillage, elle s’en sert d’interprétation : la tendresse au cœur du refoulement peut-être ? Elle se souvient de cette vipère qu’elle avait vue autrefois dans les montagnes, lors d’une course d’école. De couleur brune grise, glissant entre les pierres dorées au soleil, elle avait disparu rapidement comme si elle avait pour unique raison d’être de faire trembler de peur les promeneurs.

« Cette dangereuse bête lui apparaissait comme une preuve de l’indifférence de cette nature qui n’a d’autre souci que de multiplier la vie, bienfaisante ou meurtrière, avec la même inépuisable prodigalité »¹.

Établir un lien entre les choses, entre les hommes et les femmes, les vieux et les jeunes, entre les animaux et les êtres humains, entre les sortes d’arbres et de fleurs, mais également entre les idées et les désirs, les contraires animent la jeune fille. Toute chose coupée du monde lui renvoie une image trouble de la vie. Bien qu’elle en ait parlé à ses camarades, ils avaient souri d’un air angoissé, les lèvres serrées, les sourcils tombant sur les paupières, comme immergés par la honte.

À cet instant, Camille avait compris que la vérité appartenait à chaque individu, comme une entrée au paradis ou en enfer, ou éventuellement avec un pied au paradis et un pied en enfer. Cette idée, rejoignant la pensée triviale que tout était séparé, l’avait persuadée qu’il devait y avoir une dimension spirituelle aussi apaisante que la rivière devant elle. Une force à peine nommable s’était emparée d’elle. Son moi intérieur s’était alors dressé comme un édifice que personne ne pouvait ébranler.

Maintenant, le ciel bleu devenu rose attendrit les petites vagues de l’eau. Ni tumulte, ni hâte, tout semble réglé selon un ordre majestueux de la lumière et de la température.

Sous le tilleul, Virgule jappe en suivant des yeux les moineaux, sautillant d’une branche à l’autre. L’Aar, la rivière dont personne ne peut retenir le courant, se la coule douce, le jour comme la nuit. Sans sortir de son lit, elle se laisse pousser par l’air du temps.

Camille imagine vivre avec les arbres, les pierres et les animaux. Avec l’autorité d’une reine, elle se dresse soudain devant un saule pleureur monumental. Lui caressant l’écorce du tronc, une voix s’élève de l’arbre :

– Toi, tu es différente des autres humains, dit le saule.

– En quoi suis-je différente? demande Camille.

– Les individus bougent sans arrêt. Tu es tranquille à me regarder et à sentir mes rainures. La plupart des êtres vivants se déplacent continuellement, poursuivent des activités ennuyeuses et fatigantes. Moi, je reste des années au même endroit sans me lasser. Sur le chemin, je vois courir des hommes et des femmes, leurs visages grimaçants, les muscles du corps figés par l’effort. Quand ils voyagent dans leur cage en métal, le bruit de la ferraille me casse les oreilles, dit le saule.

–  Tu ne désires pas voir autre chose que la rivière, les buissons et le ciel ? demande Camille.

–  Tu parles comme une fille de l’humanité, dit l’arbre, étonné. Viens, appuie le dos contre moi et regarde : la rivière change d’habit à tout instant. De ses reflets, jaillissent des perles au soleil, le vert turquoise fond dans un bleu azur, puis le vent remue les coloris au brun. La couleur des vagues s’adapte aux humeurs du ciel. Dans la splendeur de l’hiver, le lever du soleil miroite sur les vagues et danse le tango. Au coucher du soleil, l’horizon flambe et la rivière appelle les pierres à glisser avec elle.

Le saule continue:

–  les humains se dispersent et perdent le sens de la beauté. En vain, ils s’efforcent d’oublier ou alors, ils cachent leurs angoisses, mais ils perdent l’orientation pour le vrai. L’expression de leur visage distant m’attriste. Moi, je m’engage dans une grande entreprise naturelle. Je ne fuis pas la solitude comme le font les individus. Lorsque la pluie tombe, je laisse déverser les nuages de leurs larmes. Lorsque le vent souffle, mes rameaux baissent les bras et pleurent avec la pluie. Lorsque le vent souffle, mes branches se dépensent sans compter. En hiver, elles craquent sous le blanc de la neige.

–  Dis-moi, saule pleureur, as-tu déjà entendu parler de Noël? demande Camille.

–  Oui, bien sûr! Les sapins s’en effraient. Lorsqu’ils arrivent à leur plus bel âge, les êtres humains les scient pour les vendre aux hyperactifs. Pour le peu d’heures où les individus restent assis dans le salon, bien au chaud, mes amis les sapins sont garnis de guirlandes et de bougies. Je ne sais pas ce qu’il faut en penser. Certains de mes amis sont terrifiés de se voir ainsi tronqués. Ils se sentent traités avec injustice. Mais, je connais également des sapins généreux, prêts à offrir leur vie uniquement pour faire le bonheur des enfants à Noël. Il existe des sapins, pour qui cette fête est une révélation, car jamais de leur vie ils ne sont tant admirés. Ils ne comprennent pas que c’est uniquement la parure qui excite les individus et non leurs branches et les aiguilles vertes.

Tandis que l’arbre parle ainsi, Camille s’éloigne de lui. Non loin, elle s’assied sur un tronc coupé et couché au bord de la rivière. Virgule prend place près de la jeune fille. Tous deux, impressionnés par la personnalité du saule, restent pantois. Virgule, assommé par tant de vérité, pose son menton sur les genoux de son maître.

Camille lui passe la main sur la tête et, remplie de doutes, lui demande :

– Tu crois, toi, ce que raconte le saule ?

– Pourquoi poses-tu cette question? répond Virgule. Accepte ses paroles comme lui, il laisse tomber la pluie, comme il subit la tempête et honore le soleil. Il ne faut pas lui en vouloir. As-tu vu comme il s’est mis en quatre pour nous faire profiter de sa science? L’air fâché, Virgule aboie sans méchanceté :

– Allons jouer!

Les deux, joyeux et insouciants, se mettent à gambader le long de la rivière.

– Virgule, regarde ! Un nuage de moustiques! s’exclame Camille.

Avec ses bras, elle cherche à s’en protéger alors que Virgule cherche à les attraper avec son museau.

– Des centaines et des centaines ! s’exclame Camille d’une voix étonnée.

Du sol, une voix s’élève:

– On ne compte pas les moustiques!

Camille regarde par terre et aperçoit une pierre plate, vert gris, avec un filet doré sur le dos.

– Pourquoi pas? s’offusque-t-elle.

– Te viendrait-il à l’idée de compter combien nous sommes de pierres, ici, au bord de la rivière ?

– Mais, c’est impossible! rétorque la jeune fille.

– Tu vois! Et pourtant, vous, les êtres humains, vous comptez tout ce qui vous tombe sous la main. Vous définissez la vie à travers les chiffres. Vous n’y comprenez rien. L’argent file comme les moustiques s’envolent au vent. Nous, les pierres, nous avons la chance de vivre une éternité sans compter.

– Nous, les êtres humains, nous vivons parfois jusqu’à cent ans, réplique Camille.

– Ah! Encore ces chiffres, grimace la pierre.

– Oui, imagine, je vais bientôt fêter mes 16 ans. Nous, les êtres humains, nous avons reçu une âme, raison pour laquelle je peux en toute liberté réfléchir, me réjouir, discuter avec toi, avec l’arbre, avec Virgule, avec les moustiques, mais aussi avec ma famille. Si j’aime compter, c’est aussi parce que je préfère mettre cent pierres dans ma poche que d’avoir un cœur de pierre.

La pierre, stupéfaite, se tait et se laisse ramasser par Camille qui l’emporte dans sa main et la dépose précieusement dans sa poche.

– Viens, Virgule, nous devons rentrer, la nuit tombe, dit-elle.

 

 

 

 

 

¹Le disciple, 1889, IV, Confession d’un jeune homme d’aujourd’hui, paragraphe II, Mon milieu d’idées.

26 juin 2018

Le succès de Jules Brand (Une conversation chez les Benoît)

Aujourd’hui, à dîner, M. Benoît et Germaine ont eu une conversation vraiment intéressante. A peine assise à table, Germaine a demandé à son père:

— Pourquoi as-tu justement choisi ce Jules Brand comme apprenti, au bureau, ce matin?

— Eh, ma fille, Jules Brand n’a-t-il pas l’air intelligent et comme il faut?

— Je veux bien… Mais sur les neuf candidats qui se sont présentés, lui seul est venu sans certificats, sans recommandations et nous ne connaissons même pas sa famille.

— Cela est vrai, Germaine. Mais les Brand sont sûrement des gens d’ordre et de propreté.

— Comment le sais-tu papa?

— Je vais te le dire. Avant d’entrer dans mon bureau, ce jeune homme a frappé discrètement à la porte. Puis, il s’est soigneusement essuyé les pieds sur le paillasson. Ensuite, il a ôté poliment son chapeau et, sur mon invitation, s’est assis tranquillement sur une chaise et non brusquement comme les autres… N’est-ce pas la preuve que Jules Brand est bien élevé?

— Si, papa, mais encore?

— Ensuite, il a dit simplement et distinctement ce qu’il avait à dire. Il a écouté attentivement mes questions et m’a avoué franchement qu’il ne sait rien ou peu de chose. Il a ramassé promptement une feuille de papier tombée à terre, au lieu de marcher dessus comme les autres jeunes gens, pourtant chaudement recommandés … Cette action …

— Ah ! Je comprends maintenant …

— Oui, ma fille, cette action a suffi pour me déterminer. J’ai engagé Jules Brand tout de suite, parce que ses certificats et ses recommandations, il les porte sur lui et dans sa conduite …

Les frères et sœurs de Germaine ont écouté silencieusement cette conversation. Mais, en sortant de table, Charlot s’est dit: Oh! Plus tard, je veux aussi faire comme Jules Brand.

 

 

Cours intuitif de français, deuxième année, À LA MAISON von Albert Schenk und Ernest Trösch, Verlag W. Trösch, 1922, Leçon 24, page 60, Lecture

L’esprit systémique dans le perfectionnement de la langue française

L’Institut de Langue Française et d’Expression enseigne selon un esprit systémique, c’est-à-dire une tendance à organiser, à relier les connaissances particulières en ensembles cohérents. La prise de conscience de l’activité de chaque individu dans les différents systèmes de la société permet de mieux cibler sa propre réalité et de prendre en considération de manière «systématique» son savoir, son savoir-faire, ses besoins, ses intentions, dans le but de concevoir un changement et une efficacité linguistique et communicative dans un contexte précis.

Bien qu’il n’y ait pas une méthode unique pour enseigner une langue, l’Institut a créé une approche visant à ce que tout changement conscient et réel puisse être réalisé à travers les relations des individus entre eux. Pour comprendre la systémique, nous pouvons nous référer à notre éducation. Quelle est notre biographie psycholinguistique?


Dès l’enfance, nous sommes conditionnés par les différents systèmes dans lesquels nous avons vécu ou vivons actuellement. A notre naissance, nous sommes influencés par le système langagier de l’environnement familial, avec son propre style de communication et ses codes particuliers, son système cognitif distinct. Plus tard, nous sommes impliqués dans le système scolaire, puis professionnel, politique, culturel, artistique, et dans bien d’autres encore. Notre langue maternelle s’imprègne de ces codes. Une des caractéristiques des systèmes est le fait que les composantes interagissent entre elles.

À l’âge adulte, lorsque nous apprenons une nouvelle langue, la pensée systémique aide à réfléchir à l’ensemble, cela signifie accorder de l’importance aux relations entre les différents systèmes et entre leurs différentes composantes. La Suisse, avec ses quatre langues nationales et ses multiples dialectes est composée de systèmes complexes en raison des nombreux patois – dialectes – qui existent. Prendre en compte le contexte, les conditions ou l’environnement du système dans lequel on aimerait parler le français, par exemple, est une pensée contextuelle. Cela veut dire comprendre le système dans un contexte global. On peut parler de „pensée holistique“. Sur la base de cette pensée, il est plus facile, surtout plus sensé, de poser des objectifs par rapport à ses systèmes de pensées. Qu’ai-je à dire, quelle influence aurai-je à mon tour, dans un contexte donné?  Cette question prend de l’importance dès qu’une bonne base grammaticale, en français, a été acquise, accompagnée du vocabulaire nécessaire à l’usage courant.  La communication se développe dans le cadre d’un ou plusieurs systèmes selon les objectifs linguistiques posés.  Les questions qui se posent sont les suivantes : quels effets les différents systèmes de pensée ont-ils eus sur son éducation? A partir de là, quelle influence décide-t-on d’exercer à l’âge adulte ?

Tout le monde rêve de créativité et d’innovation

En réalité tout le monde se plaint des résistances au changement. Le temps consacré aux idées et aux projets se répartit souvent comme suit: 20 % pour la conception et la mise en œuvre du projet; 80 % pour surmonter les résistances et déjouer les pièges. Les résistances coûtent cher. Elles sont pourtant en majeure partie évitables à condition d’avoir été correctement anticipées. Apprendre une langue nécessite de la flexibilité et de l’espace (qu’on appel en terme commun « le temps ») afin de permettre l’assimilation de ce qui vient d’être appris et l’intégration de ce qui est mémorisé dans un contexte réel de la vie quotidienne: contexte professionnel, contexte politique, contexte environnemental, etc. Parallèlement à l’enseignement de la langue française, l’Institut de Langue Française et d’Expression propose des outils concrets de pilotage des changements en tenant compte des transactions linguistiques d’un système à l’autre.

La formation linguistique comme tremplin du changement

Maîtriser les outils linguistiques dans un contexte systémique présuppose de savoir préparer les changements en utilisant les outils systémiques tant pour les aspects techniques (vocabulaire terminologique, par exemple) qu’humains (psychologiques et comportementaux). Savoir piloter les changements en anticipant et en traitant convenablement les résistances. L’Institut de Langue Française et d’Expression se pose comme objectif de former ses apprenants/clients de manière à ce qu’ils possèdent suffisamment de ressources linguistiques pour s’exprimer en français de manière aisée et convaincante dans un contexte systémique.

Les sept étapes de la démarche de l’Institut de Langue Française et d’Expression: planifier et organiser les cours ou les séances de coaching, préparer les thèmes à traiter, les analyser, diagnostiquer, choisir plusieurs options/décisions, apprendre à vivre avec la nouveauté, en développer les divers éléments en contexte, consolider.

 Le public concerné

Les cours de français et les coachings en communication sont destinés à toute personne œuvrant dans les entreprises, aux coachs, cadres et dirigeants d’entreprises, chefs, concepteurs et porteurs de projet, entrepreneurs, consultants et formateurs en entreprise, directeurs en ressources humaines.

 

 

 

 

 

 

Un peu de grammaire! L’ORDRE DES PRONOMS l’un par rapport à l’autre

Créer des conditions favorables pour l’apprentissage de la langue française consiste, entre autres, à comprendre les rouages de la grammaire. Nécessaire à une bonne expression verbale, elle est  fortement liée aux interactions humaines. Les exercices et l’entraînement pratique sollicitent l’attention, la concentration, l’esprit d’observation, la réflexion, la mémoire, ainsi que les connaissances,  les facultés communicatives, l’expérience et l’imagination.

En apprenant les pronoms comme dans la liste ci-après, vous trouverez toujours très facilement la place d’un pronom par rapport à l’autre :

ME, TE, SE, NOUS, VOUS, LE, LA, LES, LUI, LEUR, Y, EN

Donc, vous dites : Il ME LA donne, et non : Il la me donne, car dans la liste ME est placé avant LA.
Nous la leur écrivons, car dans la liste LA est placé avant LEUR.

Autres exemples:

Elle te les donne.
Elle vous en parle.
Il les y a mis.
Je les lui offrirai.
Il m’y conduira.
J’ai entendu Françoise ouvrir la fenêtre. → Je l’ai entendue l’ouvrir.
J’ai vu mon ami aller à l’hôtel. → Je l’ai vu y aller.
Je me suis fait couper les cheveux. → Je me les suis fait couper.

Avec la négation: Je montre ma nouvelle montre à mon frère. → Je la lui montre / Je ne la lui montre pas.

Exception
A la forme impérative-positive, les pronoms sont toujours placés après le verbe;
ME est remplacé par MOI et MOI + EN + M’EN TE est remplacé par TOI et TOI + EN = T’EN Téléphone-moi
Donne-m’en ! Va-t’en!

*******

Réflexion didactique

Pour que les élèves et les adultes (français langue secondaire) mémorisent bien les pronoms, il vaut mieux enseigner les pronoms à petites doses, de manière conséquente, mais sur une longue durée. Faire intervenir l’idée – ou la pensée – de l’interaction humaine est une méthode puissante et authentique. Par ex. en faisant des jeux de rôle, ou selon des modèles donnés, faire écrire des phrases spontanées, courtes, dans lesquelles ils peuvent jouer avec les me, te, le, etc. Lorsque les élèves doivent apprendre les pronoms et qu’ils n’ont pas compris les règles, „ils traînent“ les erreurs jusqu’à l’âge adulte. C’est ce qui provoque des blocages. En enseignant les pronoms de manière imagée et théâtrale, les élèves réalisent qu’ils entrent dans le processus des relations humaines: l’interaction. C’est cet enjeu qui est important, car ils se sentent concernés personnellement. Dans notre société, nous parlons de „globalisation“, d’intégration, de transparence. Dans le milieu scolaire, la grammaire devrait être enseignée de manière „globalisée“, avec beaucoup de transparence, afin qu’elle soit intégrée dans la communication verbale.