ANTOINETTE VONLANTHEN
Institut de Langue Française et d'Expression ILFE • Bützbergstrasse 33 • 4900 Langenthal • Tel. +41 62 922 23 22
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Kategorie: Français professionnel

La méthode holistique dans l’enseignement du français renforce l’image de soi

L’actualité sociale et économique, particulièrement turbulente depuis l’hiver 2020, se révèle quotidiennement une autre et les gens, en conséquence, à la quête de repères fiables. À chaque époque, l‘aspiration à la performance et la qualité ont été réalisées au détriment de la santé des enfants, des jeunes, des adultes et des personnes âgées, de la nature et des animaux. Les racines de cette déformation résident dans les relations de pouvoir inégalitaire du système éducatif, les intérêts divergents dans la formation continue professionnelle, ignorant la réalité sur le marché du travail, dans le comportement consumériste des gens puis, finalement, dans le développement du numérique qui a transformé le système des valeurs.

Mieux comprendre les fameux critères de qualité

L’obligation pour les instituts de formation ou les entreprises de répondre de plus en plus à des critères de qualité alourdit l’appareil administratif. Lors de la pandémie, les concepts du e-learning ont montré à quel point la pratique est complexe lorsque dans les familles les installations technologiques en sont à leurs débuts et qu’aujourd’hui encore, des adultes ne savent pas écrire des courriels. Tôt ou tard, la personne apprenante ou employée dans l’entreprise se sent bernée et a besoin d’un soutien actif loin des écrans afin qu’elle puisse mieux s’organiser. Dans les instituts de formation, comme dans toutes les entreprises ou familles, la révolution technologique produit des coûts élevés non seulement administratifs. De nombreuses personnes œuvrant dans les secteurs concernés sont placées devant des problèmes de santé. L’absentéisme, la dépression, l’alcool, la drogue, les dégâts familiaux et sociaux sont considérables ; la violence et les abus sexuels restent tabous, tout comme les racines du burnout (qui, selon mon analyse, provient d’un ensemble d’interactions manipulatives au niveau du groupe/ relations de pouvoir et fixation sur un „bouc émissaire“). Créer des labels de qualité, c’est séparer l’humain de ses besoins affectifs et l’utiliser comme un produit de marketing.

Les labels de qualité devraient servir à orienter les clients ; sur le terrain la réalité est différente car ces critères ne tiennent ni compte des procédures internes ou externes ni de l’organisation des installations technologies numériques, qui demandent énormément de temps à mettre en place jusqu’à ce qu’elles fonctionnent, ni de la formation des employés à la suite du renouvellement informatique, ni du mécontentement du personnel face à ce travail administratif pesant. Le résultat des critères de qualité repose donc souvent sur des analyses et des constats flous, superficiels et faux. Le consommateur paie les coûts engendrés pour la mise en place des labels et non pour la qualité du produit qui l’intéresse. Cette problématique concerne tous les établissements sous pression du lobby des milieux économiques, qui exploitent des voies d’influence inimaginables pour atteindre leurs objectifs.

Il n’en reste pas moins qu’il est inutile de peindre le diable sur les murs. Les consommateurs sont libres de financer les coûts engendrés pour la mise en place des labels et non pour la qualité du produit qui les intéresse. Aujourd’hui, le consommateur et la consommatrice sont plus critiques, ils se laissent moins manipuler et en fin de compte, ce sont eux qui dirigent le marché.

La qualité au niveau de l’enseignement du français en Suisse

Lorsqu’il s’agit de s’exprimer en français dans les entreprises et dans les milieux de la formation professionnelle de Suisse alémanique, le constat est particulièrement flagrant : les connaissances acquises lors de la scolarité sont insuffisantes. Se vanter de la qualité professionnelle à travers l’implication de la langue anglaise, quelque peu mieux utilisée que le français mais sous un genre cow-boy typique à la Suisse traditionnelle, est un moyen d’affaiblir l’identité individuelle, comme l’estime de soi.

Le plaisir d’apprendre et de comprendre le français facilite le dialogue

Enseigner ou apprendre le français dans un esprit systémique, c’est avant tout relier les connaissances particulières en ensembles cohérents. Ceux-ci renforcent la disposition au changement. Dans ce but, la prise de conscience individuelle permet de mieux cibler sa propre réalité et de gérer de manière « systématique » son savoir, son savoir-faire, son savoir-être (ses besoins et ses intentions).

Bien qu’il n’existe aucune méthode unique pour enseigner ou apprendre une langue, l’Institut de Langue Française et d’Expression a créé une approche visant à ce que tout changement puisse être réalisé à travers les relations des individus entre eux. Pour comprendre la systémique, nous pouvons nous référer à notre éducation. Quelle est notre biographie psycholinguistique ?

Dans l’enfance, nous avons été conditionnés par les différents systèmes dans lesquels nous avons vécu. Dès notre naissance, nous avons été  confrontés à l’un des premiers systèmes de pensée : celui de nos parents, puis ceux que représentent les membres de la famille d’une génération à l’autre, leur manière de s’exprimer (arbitraire, indulgente, égalitaire, différenciée, attentionnée). La variété des codes de communication et les mécanismes socio-cognitifs forment un système propre au groupe. Plus tard, nous sommes impliqués dans le système scolaire, puis professionnel, politique, culturel, artistique, et dans bien d’autres encore. Notre langue maternelle ou nos langues maternelles s’imprègnent donc d’un langage contextuel multiple. Une des caractéristiques est le fait que les composantes interagissent entre elles.

Mettre en lien les compétences facilite la mémorisation

À l’âge adulte, lorsque nous apprenons une nouvelle langue ou que nous voulons rafraîchir les connaissances acquises, la pensée systémique aide à réfléchir à l’ensemble. Cela signifie accorder de l’importance aux relations entre les différents systèmes et entre leurs différentes composantes. La Suisse, avec ses quatre langues nationales et ses multiples dialectes est composée de systèmes complexes en raison des nombreux patois – dialectes – qui existent. Prendre en compte la connaissance de soi, les conditions sociales de l’environnement dans lequel on aimerait parler le français, veut dire comprendre un système dans un contexte global. On peut parler de
« Pensée holistique ». Sur cette base, il est plus facile de poser des objectifs réalistes : qu’ai-je à dire, quelle influence aurai-je à mon tour ?  Cette question prend de l’importance dès qu’une bonne base grammaticale est acquise, accompagnée du vocabulaire nécessaire à l’usage courant.  La communication se développe dans le cadre d’un ou plusieurs systèmes selon les objectifs linguistiques : quelles sont mes expériences en entreprise, en formation continue, et quels effets ont-ils sur ma manière de concevoir la culture dans laquelle j’aimerais me développer ? À partir de cette prise de clarté, que faisons-nous de cette influence dans notre parcours d’adulte ?

Le rêve de la créativité et de l’innovation est une question de résilience

Quiconque a appris à développer l’auto-efficacité, à se redresser dans n’importe quelle situation est capable de résister aux vents contraires. La plupart d’entre nous rêve de sortir du système dans lequel nous avons grandi pour en créer un qui nous est propre ; en réalité la majorité se plaint des résistances au changement. Selon mon expérience en tant que formatrice, le temps consacré aux idées et aux projets se répartit comme suit : 20 % pour la conception et la mise en œuvre du projet ; 80 % pour surmonter les résistances et déjouer les pièges. À condition d’avoir été correctement anticipées les résistances sont pourtant évitables. Apprendre ou perfectionner une langue réactive les systèmes dans lesquels nous avons fait des expériences. Ce processus de prise de conscience nécessite de la flexibilité et de l’espace (appelée « le temps ») afin de vaincre la peur de replonger dans les souvenirs négatifs, de pouvoir rendre l’assimilation de ce qui vient d’être appris dans un nouveau contexte de la vie quotidienne.

Parallèlement à l’enseignement de la langue française, l’Institut de Langue Française et d’Expression propose des outils concrets de pilotage du changement en tenant compte de la sémantique, c’est-à-dire chercher à comprendre les transactions linguistiques d’un système à l’autre comme l’utilisation d’un mot dans un contexte donné ainsi que sa résonance, comment ce mot peut signifier une opposition et analyser le refoulement affectif qu’il implique dans un autre système.

L’organisation du vocabulaire dans le monde du travail conduit à des solutions innovantes.

Maîtriser les outils linguistiques présuppose d’anticiper et promouvoir le changement à travers de multiples disciplines :

  • Sociolinguistique
    Diversité culturelle et identitaire, particularités linguistiques : dialectes (diglossie), argot, jargon, expressions (citations), styles de communication.
  • Linguistique
    Vocabulaire, grammaire et syntaxe, terminologie, phonétique.
  • Psychologie
    Aspects cognitifs de l’apprendre, du savoir être, du savoir-faire, conceptions d’apprentissage des valeurs, utilisation des expériences implicites ; biographie des compétences à travers les souvenirs d’enfance ; connaissances humaines interpersonnelles ; sources de résistance et solutions de résilience.
  • Psychanalyse
    Réflexion sur l’identité individuelle et collective.
  • Créativité
    Expérimentation ; gestion de la nouveauté.
  • Philosophie
    Éthique et bien-être.
  • Management
    Gestion culturelle ; apprentissage et communication organisationnelles en entreprise.

Construire une relation de confiance entre personne formatrice et personne apprenante facilite grandement l’acquisition ou la transmission des compétences linguistiques. Une participation commune permet de prioriser les sujets pertinents, de les analyser, de choisir plusieurs options, d’apprendre à gérer la nouveauté, de la développer et de la consolider.

 Le public concerné

Les cours de français, les séances de communication/développement personnel et de conseil sont destinés à toute personne active dans la vie privée ou œuvrant dans les entreprises : cadres et dirigeants d’entreprises, concepteurs et porteurs de projets, entrepreneurs, consultants et formateurs, responsables en ressources humaines.

S’épanouir à travers les connaissances linguistiques et la qualité de l’expression verbale

Nous pensons savoir qui nous sommes et pourtant nous ne sommes jamais exactement ce que nous pensons être. L’influence de l’éducation et de l’environnement nous rappelle à quel point notre autonomie est variable, voire limitée. La carrière ne vient pas d’elle-même : le titre, la fonction et le statut du poste ne sont ni une preuve ni une garantie. Chaque changement, chaque décision nous met au-devant de nouveaux défis. La pression culturelle prônant une carrière spectaculaire ternit la qualité de la communication et freine l’amélioration des connaissances linguistiques. Apprendre ou perfectionner l’expression verbale souligne nos doutes et demande sensibilité, profondeur et engagement. Se situer à travers le manque de temps pour apprendre une langue que nous aimerions pourtant parler est un alibi, une stigmatisation servant à se protéger du changement et du risque. Mémoriser est un processus sans lien avec la parole mais avec la confiance en soi, le vécu et l’image – positive – que nous nous faisons des relations humaines, la mise en place de priorités et d’objectifs. Vouloir progresser dans ce sens, c’est faire de la vision une réalité.

La rigidité mentale nuit au groupe, à l’organisation ou à l’entreprise (au système)

En Suisse alémanique, la communication passe plutôt par le canal de l’information et en Suisse romande, par le canal de l’échange social. Rester figé dans des canaux liés à l’interculturel, aux relations interpersonnelles ou fondamentalement aux mécanismes psychologiques est un des éléments majeurs de l’échec des interactions dans la communication verbale.

De plus, être attaché à un rôle ou une fonction était autrefois une marque de professionnalisme. Aujourd’hui, elle entrave la dynamique en entreprise car tout change à une vitesse extrême. La communication verbale est devenue un ensemble d’éléments dont il faut tenir compte dans l’immédiat. Si les formules de politesse dans la correspondance ou orales étaient autrefois une évidence, l’intégrité du propos et la manière d’être deviennent primordiales, même lorsque les intérêts boursiers dominent.

La parole axée sur des thèmes linéaires étouffe l’essentiel

La plus grande erreur que les entreprises commettent, et malheureusement elle influence la parole, consiste à engager des jeunes et relayer au second plan les personnes expérimentées. La mixité des âges donnent un souffle puissant à la culture d’entreprise et donc à la rentabilité. Éliminer un segment d’âge pour le remplacer par un autre est illogique et non conforme aux relations psychosociales et économiques. Que ce soit dans le monde des soins, de l’informatique ou du milieu managérial, le manque de personnel qualifié est le résultat d’une sélection élitaire parsemée d’échecs sur de nombreuses années. Les jeunes et les moins jeunes apprennent entre eux, ils se motivent, ce qui les rend efficaces. Ignorer ce principe est une immense perte de capital relationnel et professionnel, une dictature patriarcale dont il faut se séparer le plus vite possible.

Le renoncement pour une meilleure qualité de communication et plus de liberté

L’individu de demain, c’est celui qui partage son domicile, son job, qui étudie, exerce pendant dix ans et se réoriente vers un autre métier ou celui qui, sans formation particulière, décroche le job idéal. Celui ou celle qui renonce aux sorties, à l’achat d’une maison, aux vacances, pour investir dans une formation, le père de famille renonçant à son salaire et se débrouillant pour être près de ses enfants ou remplaçant sa conjointe occupée à plein temps.

La manière d’être, de dire et de faire en dit plus qu’un titre universitaire

La prise de conscience des inégalités entre hommes et femmes, les changements technologiques mais également le changement climatique, nous obligent à revoir nos concepts de vie. Nous le voyons actuellement, les jeunes disent aux adultes ce qu’ils ont à faire car ceux-ci n’ont pas le courage du changement.

Les connaissances linguistiques et les compétences en communication – j’entends par là la manière de dire – ne servent pas seulement à la carrière; elles sont plus que jamais utiles dans les interactions courantes, les entretiens professionnels, les relations politiques nationales et internationales.

Les systèmes de pensée varient d’une région, d’une nationalité, d’une génération à l’autre et ils sont sans cesse interconnectés et en mouvement. Personne ne nous instruit sur la manière de communiquer d’une dynamique à l’autre, car l’analyse des systèmes passe par la connaissance de soi. Elle nous renseigne sur notre sort et ainsi, dans l’acceptation de notre être, condition ultime pour progresser dans un environnement multiculturel.

S’intéresser à soi est une manière de s’intéresser aux autres

S’intéresser à soi est une démarche différente que le „nombrilisme“. Dans le premier cas, le questionnement sert à (se) comprendre pour transformer en mieux. Dans le deuxième, il n’y a pas de questionnement, c’est uniquement (souvent en groupe sectaire) „moi je“, „moi je détiens la vérité“.

Les cours de langue holistiques s’orientent vers des pistes créatives pour s’affranchir de la course infernale du „toujours vouloir plus“. Trouver les mots adéquats facilite l’évolution ou le changement de carrière. Les entretiens personnalisés tiennent compte des connaissances linguistiques, des ressources émotionnelles, de la connaissance de soi, l’expérience, les formations suivies, la trajectoire professionnelle et les attentes, les intérêts et les projets, l’importance accordée à l’ambition. La formation consiste à mettre en scène des situations en relation avec les talents.

Échanger, apprendre ensemble, agir

S’habituer à s’exprimer sur tout et rien, réfléchir au sens des mots sur une période plus ou moins longue tout en développant des sujets propices à la future carrière rend plus facile

a) l’analyse et la prise de décision

b) la mise en lien de découvertes et suppositions

c) l’incitation à l’initiative

d) le développement d’idées

e) l’organisation de projets

f) l’approche concrète de la vie personnelle, en entreprise ou en tant qu’entrepreneur.e

Les connaissances linguistiques et humaines sont étroitement liées

Les cours de langue, sous forme d’entretiens personnalisés, servent à renforcer les compétences en communication, à assurer des stratégies en fonction des choix personnels. Les personnes bilingues A/F en profitent particulièrement. Les connaissances de français mettent en relief efficacement des procédés pouvant être transférés dans la langue allemande. Ils peuvent être d’ordre sémantique, psychologique ou psychosocial. Lorsque la formatrice et la personne apprenante choisissent des thèmes actuels d’un commun accord ‒ comme mener un entretien dans diverses circonstances, résoudre des conflits, s’engager dans un groupe, diriger une entreprise, la manière d’élever ses enfants, analyser un auteur ‒ le développement ou la spécialisation d’une langue devient une leçon de vie. De ce concept holistique qui, sans aucun lien avec les cours de langue tandem, combine enseignement des langues, développement personnel, formation professionnelle, se dégage un potentiel extraordinaire.

La bienveillance, une compétence à développer en toute urgence

24Heures publie le 27 août sous la rubrique « Santé psychique »: Les tentatives de suicide explosent chez les jeunes filles. Nombreuses étudiantes ruminent de bien sombres pensées. Un phénomène complexe, difficile à expliquer (Lucie Monnat) .

Mes réflexions se dirigent d’abord vers de nouvelles voies dans la formation continue et la communication verbale. Celles-ci sont construites sur un modèle psychanalytique. Comment pourrait-il en être autrement? Mieux comprendre les interactions humaines, la transformation des rôles entre les hommes et les femmes, l’augmentation de la violence physique et morale, les conditions environnementales et la dégradation des écosystèmes, les exigeances excessives sur le marché de l’emploi et dans le domaine professionnel, où tout se définit à travers la fureur du marketing et des diplômes,  demande une lucidité extrême. Même si la plupart des adultes, hyperactifs, rechignent à réfléchir sur leurs comportements, préférant la tyrannie de la routine, ils suivent les mêmes mécanismes depuis leur enfance et refusent de grandir. Ils tiennent pour responsables de tous les maux ceux qui pensent différemment. Cette constatation me pousse à poser la question de savoir dans quelle mesure la bienveillance pourrait redonner un certain équilibre dans une société axée sur le divertissement, la rentabilité et l’efficacité. Le marketing des entreprises diffuse la promesse de la qualité alors que les employés, à plus de 60% des cas, se sentent bernés, deviennent dépendants de leurs supérieurs hiérarchique et, finalement, perdent leurs emplois. Non seulement les jeunes voient leur avenir avec angoisse, ils vivent chaque jour le drame des adultes, impuissants devant les défis de la société. Les entreprises créatives rassemblent des personnes autonomes, dont les perspectives de vie sont basées sur la constructivité et l’innovation.

Les souvenirs agréables nourrissent l’espoir

Avoir vécu une enfance dans laquelle la communication verbale a été au centre des relations sociales, facilite plus tard l’attention portée aux autres. Elle comporte également la capacité à gérer la pensée divergente et l’accueillir naturellement. De nombreux exemples montrent qu’il est possible de transformer le sentiment d’abandon ou de haine. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et psychanalyste français, après avoir été recueilli dans son enfance par une institutrice bordelaise pendant l’Occupation en 1941, en témoigne sur ses recherches et récits dus à la résilience et la construction de la personnalité.

Dans la dynamique des relations humaines, la bienveillance va bien au-delà de l’intimité entre les personnes. Elle touche l’identité, c’est-à-dire l’existence de la personne. Aimer l’enfant pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il devrait être est un modèle également valable dans l’éducation des adultes. L’interprétation de la bienveillance est souvent confondue au désir du contact amoureux, voire physique. Cette attente répond plus souvent à l’imaginaire de l’adulte, son ego, ses fantasmes, plutôt qu’au plaisir de partager ou de construire. Dans ce contexte, que signifie « le développement de l’intelligence artificielle » si le message renvoie à la disparition de l’interaction humaine, de la bienveillance et de la tendresse, voire de la race humaine ? Comment redéfinir notre vocabulaire et nos actes ? Être capable de porter un sentiment sincère d’amitié, une attention délicate à quelqu’un, devient une vraie compétence.

À peine savent-ils parler, les enfants sont confrontés aux recommandations des adultes : « Dis bonjour à la dame! », « Dis bonjour au monsieur! » ou encore: « Qu’est-ce qu’ON dit ? ». Cette manière  de mettre la pression ressemble fortement à la caractétistique des robots ! Les petits enfants ignorent les convenances et ont besoin de développer un sentiment naturel du « déjà vécu ». À l’école, sur 10 élèves, au moins 2* subissent des situations de violence physique, d’abus ou de maltraitance sous différentes formes. Tous, comme il se doit, apprennent à bien se comporter. Sur les réseaux sociaux, une forme de courtoisie est devenue un vrai programme. Son contraire également, le blocage, la dénonciation, l’insulte, le dénigrement ! Ce n’est qu’une retransmission modifiée de ce qui se vit au réel, mais fait perdre énormément de temps et d’énergie au faible maillon de la société.

Un tabou dans le monde du travail

Nos émotions basiques se répercutent dans tous les systèmes dans lesquels nous vivons: notre entourage, un parti politique ou un domaine d’activité particulier. Encore de nos jours, une barrière féroce s’élève entre vie privée et vie professionnelle. Pourtant, le mode des interactions sociales professionnelles est identique à celui de la vie privée: qui aime dicter dans sa famille, dicte dans l’entreprise, qui s’abaisse devant son père s’abaisse devant le directeur, qui ne veut pas chercher sa propre vérité, bafouille dans ses contradictions !

Les tabous explosent sous différentes formes : les transgressions sexuelles sont de plus en plus dénoncées, les relations amoureuse secrètes provoquent des conflits d’intérêts au niveau hiérarchique de l’entreprise, le résultat des bilans baigne (saigne) dans l’intransparence ! Gérer une quantité de chiffres demande un système de pensée linéaire. L’émotion étant absente lors d’attachement excessif à l’argent, elle déséquilibre la structure du raisonnement. La fermeture, la rigidité, les blocages, sont propices à toutes sortes de dérèglements.

La bienveillance crée la confiance et favorise le raisonnement

La chaleur humaine provient d’une énergie individuelle s’exprimant sous différentes formes. Ni le langage codé des collègues tactiles, forme d’attouchement paternaliste pour démontrer sa supériorité, ni les bisous et les accolades, souvent exagérés dans les entreprises, ne manifestent des attentions délicates. Ces comportements justifient une sorte de collégialité mais excluent parallèlement toute personne ayant un système de pensée différent. L’émancipation des femmes a bouleversé les rôles. L’exigence professionnelle, la dureté des jeux de pouvoirs les a rendues plus réservées, plus froides, hautaines, moins serviables et moins tolérantes. Ce comportement, certainement transitoire, est le résultat d’une grande fragilité en rapport avec l’égalité entre hommes et femmes.

Je me souviens d’une belle expérience lorsque jeune mère, j’avais repris mon activité professionnelle à Berne. Une collègue de travail tapait chaque matin à la porte de mon bureau et l’entrouvrait : « Bonjour, je vous souhaite une bonne journée! »

Je rapporte ici également le récit d’une femme qui, à une époque de sa vie, était très malade. Le médecin spécialiste l’avait examinée, puis il s’était intéressé à ses activités. Elle lui avait raconté que dans ses moments de désespoir, elle faisait de la confiture. « Vous avez utilisé quels fruits? » Elle avait répondu : « Des abricots séchés ». Le médecin : « Des abricots séchés? Comment avez-vous procédé ? » Étonnée de son intérêt, elle lui avait expliqué qu’elle avait créé la recette elle-même. En se concentrant sur la partie saine de la patiente, il avait renforcé le lien de confiance avec elle.

Ce comportement avant-gardiste présente une forte probabilité de contribuer à l’évolution de notre société.

Une société en plein malaise

Que ce soit chez un homme ou une femme, la bienveillance engendre des malentendus et des attentes irréalistes, débouche sur des fantasmes, comme le désir d’une relation amoureuse. Reconsidérer la générosité à un niveau élargi nous remet en question, ce qui est parfois désagréable et pourtant si utile.

Développer non pas la sentimentalité, mais la bonté et l’intuition

Elles constituent un bagage spirituel utile à la survie de la communauté. Contrairement aux méthodes modernes relaxantes, il importe d’entraîner également la résistance à la frustration, l’acceptation de l’échec et au renoncement, à l’adaptation à des situations déplaisantes à certains moments de la vie, donc :

  • développer l’autonomie
  • apprendre à s’aimer
  • développer la pensée constructiviste
  • développer la créativité
  • s’entourer de bonnes personnes
  • se relier à la nature
  • offrir des mots, partager sa résidence secondaire, offrir des fleurs, partager ses repas
  • vivre au présent
  • se faire confiance
  • cultiver la solitude

Voir ce qui est bien chez l’autre, et le lui dire en face (et pas seulement sur les réseaux sociaux)

Contrairement à l’admiration, la générosité et l’ouverture sauvent du désespoir, n’importe où et n’importe quand : par exemple, être capable d’exprimer spontanément à une personne ce que nous voyons de bien en elle. Bien que le face-à-face reste le luxe de l’interaction humaine, l’objectif premier de Facebook était le partage social, une forme de bienveillance « en ligne ».

Dans le management, la bienveillance est considérée comme un signe d’inefficacité ou de faiblesse, voire de fragilité. La prise de pouvoir est déterminée par un sentiment unilatéral de survie, par un rapport de forces entre plusieurs groupes, et moins par un besoin de reconnaissance et d’approbation générale pour le bien commun. Le sentiment de survie est alors mêlé, comme chez les animaux, au désir de domination. La plupart des managers craignent la perte d’une quelconque marque d’objectivité. La bienveillance n’entre pas dans le catalogue de la qualité de travail et ne sert pas à créer du potentiel. Par contre, le passage de l’émotion à l’action nécessite la force du raisonnement. Cette énergie pourrait être un modèle en vue de trouver des solutions face à la violence, à la pollution de l’air, à la capacité à s’exprimer dans plusieurs langues, mener une entreprise pour le bénéfice de tous.

La bienveillance évoquée provient de cet échange particulier auquel nous aspirons : créer des relations humaines lucides et courageuses où ni l’âge, l’état civil, la profession et le statut, la nationalité et ni l’appartenance à un groupe ne jouent un rôle et où la divergence d’opinions mène à des solutions.

 

 

 

 

 

*Les enfants exposé∙e∙s à la violence conjugale : état des lieux de leur prise en charge dans la République et Canton du Jura
Août 2015