ANTOINETTE VONLANTHEN
Institut de Langue Française et d'Expression ILFE • Bützbergstrasse 33 • 4900 Langenthal • Tel. +41 62 922 23 22
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Kategorie: Philosophie

La méthode holistique dans l’enseignement du français renforce l’image de soi

L’actualité sociale et économique, particulièrement turbulente depuis l’hiver 2020, se révèle quotidiennement une autre et les gens, en conséquence, à la quête de repères fiables. À chaque époque, l‘aspiration à la performance et la qualité ont été réalisées au détriment de la santé des enfants, des jeunes, des adultes et des personnes âgées, de la nature et des animaux. Les racines de cette déformation résident dans les relations de pouvoir inégalitaire du système éducatif, les intérêts divergents dans la formation continue professionnelle, ignorant la réalité sur le marché du travail, dans le comportement consumériste des gens puis, finalement, dans le développement du numérique qui a transformé le système des valeurs.

Mieux comprendre les fameux critères de qualité

L’obligation pour les instituts de formation ou les entreprises de répondre de plus en plus à des critères de qualité alourdit l’appareil administratif. Lors de la pandémie, les concepts du e-learning ont montré à quel point la pratique est complexe lorsque dans les familles les installations technologiques en sont à leurs débuts et qu’aujourd’hui encore, des adultes ne savent pas écrire des courriels. Tôt ou tard, la personne apprenante ou employée dans l’entreprise se sent bernée et a besoin d’un soutien actif loin des écrans afin qu’elle puisse mieux s’organiser. Dans les instituts de formation, comme dans toutes les entreprises ou familles, la révolution technologique produit des coûts élevés non seulement administratifs. De nombreuses personnes œuvrant dans les secteurs concernés sont placées devant des problèmes de santé. L’absentéisme, la dépression, l’alcool, la drogue, les dégâts familiaux et sociaux sont considérables ; la violence et les abus sexuels restent tabous, tout comme les racines du burnout (qui, selon mon analyse, provient d’un ensemble d’interactions manipulatives au niveau du groupe/ relations de pouvoir et fixation sur un „bouc émissaire“). Créer des labels de qualité, c’est séparer l’humain de ses besoins affectifs et l’utiliser comme un produit de marketing.

Les labels de qualité devraient servir à orienter les clients ; sur le terrain la réalité est différente car ces critères ne tiennent ni compte des procédures internes ou externes ni de l’organisation des installations technologies numériques, qui demandent énormément de temps à mettre en place jusqu’à ce qu’elles fonctionnent, ni de la formation des employés à la suite du renouvellement informatique, ni du mécontentement du personnel face à ce travail administratif pesant. Le résultat des critères de qualité repose donc souvent sur des analyses et des constats flous, superficiels et faux. Le consommateur paie les coûts engendrés pour la mise en place des labels et non pour la qualité du produit qui l’intéresse. Cette problématique concerne tous les établissements sous pression du lobby des milieux économiques, qui exploitent des voies d’influence inimaginables pour atteindre leurs objectifs.

Il n’en reste pas moins qu’il est inutile de peindre le diable sur les murs. Les consommateurs sont libres de financer les coûts engendrés pour la mise en place des labels et non pour la qualité du produit qui les intéresse. Aujourd’hui, le consommateur et la consommatrice sont plus critiques, ils se laissent moins manipuler et en fin de compte, ce sont eux qui dirigent le marché.

La qualité au niveau de l’enseignement du français en Suisse

Lorsqu’il s’agit de s’exprimer en français dans les entreprises et dans les milieux de la formation professionnelle de Suisse alémanique, le constat est particulièrement flagrant : les connaissances acquises lors de la scolarité sont insuffisantes. Se vanter de la qualité professionnelle à travers l’implication de la langue anglaise, quelque peu mieux utilisée que le français mais sous un genre cow-boy typique à la Suisse traditionnelle, est un moyen d’affaiblir l’identité individuelle, comme l’estime de soi.

Le plaisir d’apprendre et de comprendre le français facilite le dialogue

Enseigner ou apprendre le français dans un esprit systémique, c’est avant tout relier les connaissances particulières en ensembles cohérents. Ceux-ci renforcent la disposition au changement. Dans ce but, la prise de conscience individuelle permet de mieux cibler sa propre réalité et de gérer de manière « systématique » son savoir, son savoir-faire, son savoir-être (ses besoins et ses intentions).

Bien qu’il n’existe aucune méthode unique pour enseigner ou apprendre une langue, l’Institut de Langue Française et d’Expression a créé une approche visant à ce que tout changement puisse être réalisé à travers les relations des individus entre eux. Pour comprendre la systémique, nous pouvons nous référer à notre éducation. Quelle est notre biographie psycholinguistique ?

Dans l’enfance, nous avons été conditionnés par les différents systèmes dans lesquels nous avons vécu. Dès notre naissance, nous avons été  confrontés à l’un des premiers systèmes de pensée : celui de nos parents, puis ceux que représentent les membres de la famille d’une génération à l’autre, leur manière de s’exprimer (arbitraire, indulgente, égalitaire, différenciée, attentionnée). La variété des codes de communication et les mécanismes socio-cognitifs forment un système propre au groupe. Plus tard, nous sommes impliqués dans le système scolaire, puis professionnel, politique, culturel, artistique, et dans bien d’autres encore. Notre langue maternelle ou nos langues maternelles s’imprègnent donc d’un langage contextuel multiple. Une des caractéristiques est le fait que les composantes interagissent entre elles.

Mettre en lien les compétences facilite la mémorisation

À l’âge adulte, lorsque nous apprenons une nouvelle langue ou que nous voulons rafraîchir les connaissances acquises, la pensée systémique aide à réfléchir à l’ensemble. Cela signifie accorder de l’importance aux relations entre les différents systèmes et entre leurs différentes composantes. La Suisse, avec ses quatre langues nationales et ses multiples dialectes est composée de systèmes complexes en raison des nombreux patois – dialectes – qui existent. Prendre en compte la connaissance de soi, les conditions sociales de l’environnement dans lequel on aimerait parler le français, veut dire comprendre un système dans un contexte global. On peut parler de
« Pensée holistique ». Sur cette base, il est plus facile de poser des objectifs réalistes : qu’ai-je à dire, quelle influence aurai-je à mon tour ?  Cette question prend de l’importance dès qu’une bonne base grammaticale est acquise, accompagnée du vocabulaire nécessaire à l’usage courant.  La communication se développe dans le cadre d’un ou plusieurs systèmes selon les objectifs linguistiques : quelles sont mes expériences en entreprise, en formation continue, et quels effets ont-ils sur ma manière de concevoir la culture dans laquelle j’aimerais me développer ? À partir de cette prise de clarté, que faisons-nous de cette influence dans notre parcours d’adulte ?

Le rêve de la créativité et de l’innovation est une question de résilience

Quiconque a appris à développer l’auto-efficacité, à se redresser dans n’importe quelle situation est capable de résister aux vents contraires. La plupart d’entre nous rêve de sortir du système dans lequel nous avons grandi pour en créer un qui nous est propre ; en réalité la majorité se plaint des résistances au changement. Selon mon expérience en tant que formatrice, le temps consacré aux idées et aux projets se répartit comme suit : 20 % pour la conception et la mise en œuvre du projet ; 80 % pour surmonter les résistances et déjouer les pièges. À condition d’avoir été correctement anticipées les résistances sont pourtant évitables. Apprendre ou perfectionner une langue réactive les systèmes dans lesquels nous avons fait des expériences. Ce processus de prise de conscience nécessite de la flexibilité et de l’espace (appelée « le temps ») afin de vaincre la peur de replonger dans les souvenirs négatifs, de pouvoir rendre l’assimilation de ce qui vient d’être appris dans un nouveau contexte de la vie quotidienne.

Parallèlement à l’enseignement de la langue française, l’Institut de Langue Française et d’Expression propose des outils concrets de pilotage du changement en tenant compte de la sémantique, c’est-à-dire chercher à comprendre les transactions linguistiques d’un système à l’autre comme l’utilisation d’un mot dans un contexte donné ainsi que sa résonance, comment ce mot peut signifier une opposition et analyser le refoulement affectif qu’il implique dans un autre système.

L’organisation du vocabulaire dans le monde du travail conduit à des solutions innovantes.

Maîtriser les outils linguistiques présuppose d’anticiper et promouvoir le changement à travers de multiples disciplines :

  • Sociolinguistique
    Diversité culturelle et identitaire, particularités linguistiques : dialectes (diglossie), argot, jargon, expressions (citations), styles de communication.
  • Linguistique
    Vocabulaire, grammaire et syntaxe, terminologie, phonétique.
  • Psychologie
    Aspects cognitifs de l’apprendre, du savoir être, du savoir-faire, conceptions d’apprentissage des valeurs, utilisation des expériences implicites ; biographie des compétences à travers les souvenirs d’enfance ; connaissances humaines interpersonnelles ; sources de résistance et solutions de résilience.
  • Psychanalyse
    Réflexion sur l’identité individuelle et collective.
  • Créativité
    Expérimentation ; gestion de la nouveauté.
  • Philosophie
    Éthique et bien-être.
  • Management
    Gestion culturelle ; apprentissage et communication organisationnelles en entreprise.

Construire une relation de confiance entre personne formatrice et personne apprenante facilite grandement l’acquisition ou la transmission des compétences linguistiques. Une participation commune permet de prioriser les sujets pertinents, de les analyser, de choisir plusieurs options, d’apprendre à gérer la nouveauté, de la développer et de la consolider.

 Le public concerné

Les cours de français, les séances de communication/développement personnel et de conseil sont destinés à toute personne active dans la vie privée ou œuvrant dans les entreprises : cadres et dirigeants d’entreprises, concepteurs et porteurs de projets, entrepreneurs, consultants et formateurs, responsables en ressources humaines.

Rien de plus beau que de traiter une affaire avec un homme de caractère

La vieille lampe, achetée pour quelques francs au marché aux puces, fonctionne à nouveau. Un support d’ampoule était cassé, empêchant le courant électrique de circuler. Il y a deux ans, un électricien voulait me convaincre qu’une nouvelle lampe reviendrait meilleur marché que la réparation d’une ancienne lampe. Du coup, mes capacités cognitives s’étaient illuminées : la vie est faite d’imperfections, pourquoi était-il si important que toutes les ampoules de la lampe brillent ? Les étoiles dans le ciel sont parfois couvertes de nuages, certaines au loin sont éternellement invisibles depuis la Terre.

Dans un état de semi-conscience, des voix intérieures ont résonné : derrière une ampoule éteinte se cachent la paresse, la négligence ou l’indifférence, la résidente pourrait être pauvre, solitaire, malade ou, dans le pire des cas, tout en même temps. J’avais remis ces voix dans le bon ordre : même si la critique devait être fondée – ce qui ne l’était pas – une seule lumière éteinte ne justifiait pas l’achat d’une lampe neuve. Au fil du temps, je m’étais habituée à ce que cinq ampoules brillent au lieu de six. Ma vie ne s’en trouvait aucunement affectée et pas une fois un visiteur n’a eu l’idée de lever les yeux au plafond.

Récemment, un autre électricien de la même entreprise a résolu un problème de câble qui avait créé une panne dans le réseau informatique des locaux où je travaillais. Sa manière d’analyser les choses m’a tout de suite mis la puce à l’oreille. Convaincue qu’il pouvait trouver une solution pour le support cassé d’une des ampoules de la lampe, je le lui ai montré. Il l’a examiné, puis est sorti vers la voiture pour contrôler s’il en trouvait un parmi son matériel. Il est revenu déçu en disant que cette ancienne pièce n’existait probablement plus.

D’une voix triste qui renvoie chacun à ses profondeurs émotionnelles, j’ai calmement fait remarquer :

« Cette lampe symbolise tant de souvenirs ! Si vous trouvez une solution, vous êtes un génie, votre collègue l’aurait simplement remplacée par une lampe standard ». L’électricien m’a regardé droit dans les yeux comme s’il savait pertinemment que seule l’honnêteté définit le caractère d’un homme, que les choses réelles ne tombent pas du ciel, que le langage parlé se façonne à travers l’expérience. Me sentant sur le bon chemin, j’ai poursuivi naturellement : « prenez tout votre temps, décrochez la lampe du plafond, emportez-la avec vous et jetez un œil dans l’atelier du magasin. Je suis certaine que vous trouverez la pièce adéquate ».

Quelques jours plus tard, l’électricien, de bonne humeur, a téléphoné  qu’il aimerait installer le nouveau porte-ampoule. Son ingéniosité m’a convaincue : il avait commandé une nouvelle pièce, l’avait ajustée avec une lime en métal jusqu’à ce que l’ampoule s’allume. Le travail était facturé de manière raisonnable. Cependant, l’engagement personnel et la volonté d’adapter le nouveau à l’ancien n’ont pas de prix, tout comme dans mes activités d’artiste peintre ou de formatrice. En échange, je lui ai offert une œuvre pour souligner l’impossibilité de tout calculer en fonction de la charge de travail. Il l’a acceptée avec plaisir, signe que dans une bonne affaire, les deux parties en sortent gagnantes.

Cette expérience montre que lorsque je reconnais un problème, je dois d’abord accepter le fait qu’il peut être insoluble. Si je me fie à mon intuition, même s’il n’y a pas de réponse immédiate en vue, je me tourne inconsciemment vers une option de solution. Au moment voulu, il est plus facile de faire appel à l’intelligence et à la solidarité de l’autre. Ce processus exige de la résistance à la frustration, de la patience et du sang-froid ainsi qu’une pincée d’humour. Maintenir une attitude positive, sachant que d’une manière ou d’une autre, tout se passe comme il se doit, constitue un gage supplémentaire. Un « non » ne doit pas obligatoirement se répéter ou être définitif. Au contraire, il représente le point de départ de la solution. En d’autres termes, si une personne veut continuer à prospérer, il est important pour elle de concilier ses intérêts personnels avec la réalité extérieure, qu’elle ne peut pas encore pleinement comprendre.

Schön, mit einem Mann von Charakter Geschäfte zu machen

Die alte Lampe, vor Jahren für ein paar Franken auf dem Flohmarkt gekauft, funktioniert wieder. Eine Glühbirnenhalterung war kaputt, was den elektrischen Stromfluss verhinderte. Vor zwei Jahren meinte ein Elektriker, eine neue Lampe käme billiger, als die alte zu flicken. In der Folge liess ich meine eigenen kognitiven Fähigkeiten leuchten: «Das Leben besteht aus Unvollkommenheiten. Warum sollten denn alle Glühbirnen auf der Lampe leuchten? Am Himmel sind manchmal Sterne von Wolken bedeckt. Einige in der Ferne sind von der Erde aus unsichtbar.»

Innere Stimmen aus meinem halb unbewussten Zustand erhoben sich: Hinter einer kaputten Glühbirne versteckt sich Nachlässigkeit oder Faulheit. Die Instandhaltung der Wohnung lässt zu wünschen übrig. Die Bewohnerin ist entweder arm, einsam, krank, gleichgültig oder schlimmstenfalls alles miteinander. Diese störenden Stimmen brachte ich in die richtige Reihenfolge: Auch wenn die Kritik berechtigt ist, besteht noch lange kein Grund, eine neue Lampe zu kaufen. Tage und Monate vergingen, ich gewöhnte mich an die Tatsache, dass anstatt 6 Glühbirnen nur noch 5 leuchteten. Kein Besuch hat je einmal an die Decke geschaut, und mein Leben ist ohnehin weitergegangen.

Vor kurzem hat ein anderer Elektroinstallateur derselben Firma ein Kabelproblem – in den Räumen wo ich arbeite -, das eine Panne im Computernetzwerk verursachte, gelöst. Beim Zuschauen, wie er Dinge analysiert, war ich überzeugt, er könnte eine Lösung für die kaputte Birnenhalterung finden. Er schaute genau hin, ging zum Auto, um nachzusehen, ob er etwas Passendes unter seinem Material findet. Er kam zurück und sagte, diese antike Birnenhalterung gäbe es wahrscheinlich nicht mehr.

Mit einer traurigen Stimme, die jeden in seine eigenen emotionalen Tiefen zurückschickt, flüsterte ich: «Diese Lampe symbolisiert so viele Erinnerungen! Finden Sie eine Lösung, sind Sie ein Genie, Ihr Kollege hätte sie einfach durch eine neue Lampe ersetzt.» Darauf blickte er mir direkt in die Augen und lächelte schelmisch, als ob er wüsste, dass ich den Charakter eines Mannes durch seine Ehrlichkeit beschreibe und dass echte Dinge nicht vom Himmel fallen, die gesprochene Sprache durch Erfahrung geformt ist. Ich fuhr fort: «Üben Sie keinen Druck auf sich selbst aus, nehmen Sie die Lampe von der Decke, nehmen Sie sie mit und schauen Sie sich ruhig in Ihrem Geschäft um. Ich bin sicher, dass irgendwo ein passendes Teil zu finden ist.»

Tage danach rief der Elektriker an und verkündete, er möchte in wenigen Minuten vorbeikommen und die neue Birnenhalterung installieren. Er überzeugte mit seiner Genialität, wenn er erzählte, er hätte ein neues Teil bestellt und es mit einer Metallfeile angepasst, bis die Glühbirne funktionierte. Natürlich stellte der Elektriker seine Arbeit in Rechnung. Dennoch sind das mentale Engagement und die Bereitschaft, das Neue an das Alte anzupassen, unbezahlbar. Aus diesem Grund schenkte ich ihm zusätzlich eines meiner Gemälde, das genauso wenig aufgrund seines Inhaltes berechnet werden kann. Er nahm es mit Freude entgegen.

Diese Erfahrung zeigt, dass, wenn ich ein Problem erkenne, ich zuerst die Tatsache akzeptieren muss, dass es möglicherweise unlösbar ist. Vertraue ich meiner Intuition und bleibe optimistisch, selbst wenn keine sofortige Antwort in Sicht ist, richte ich mich unbewusst einer Lösungsoption zu. Anstatt die Augen zu schliessen und das Problem zu ignorieren, stärke ich mein Selbstvertrauen. Zur richtigen Zeit fällt es mir leichter, an die Intelligenz und die Solidarität des anderen zu appellieren und ihm zu vertrauen. Dieser Prozess verlangt Schmerzresistenz, Bescheidenheit, Geduld und Gelassenheit sowie eine Prise Humor und eine selbstverständliche Haltung, dass so oder so alles kommt, wie es sein muss. Die Fähigkeit, zu erkennen, dass ein vermeintliches Nein keine wiederholende oder definitive Option sein muss, ist somit Ausgangspunkt der Lösung. Anders formuliert, wenn der Mensch weiter gedeihen will, ist es für ihn wichtig, seine persönlichen Interessen mit der äusseren Realität in Einklang zu bringen, die er noch nicht vollständig verstehen kann.

LIEBESERKLÄRUNG ZWISCHEN DEM LÖWENZAHN UND DEM STEIN

Antoinette Vonlanthen

«Gelb wie ein Sonnenstrahl, der meine langweilige Oberfläche streichelt, ist meine Lieblingsfarbe», sagt der Stein.

«Eine langweilige Oberfläche?», fragt die Blume empört. «Du erweckst den Eindruck, über die Menschheit herrschen oder sie vernichten zu können, wenn du dies wünschst.»

«Ja, das ist das Drama. Ein Individuum kann mich in seine Hand nehmen und gegen ein Fenster werfen. Ich werde auf abscheuliche Weise benutzt, nur damit es seinen Zorn besser loswerden kann.»

«Und ich», erwidert die Blume, «kaum erwache ich im Frühling, können meine Blätter als Salat serviert werden. Kleine Kinder mögen mich auf seltsame Weise. Sie können meinen Stiel abschneiden, danach schenken sie mich Müttern oder Lehrern. Sie sind voller Freude, aber gleich danach sterbe ich.»

«Zumindest machst du jemanden glücklich», gibt sich der Stein optimistisch. «Ich bin nur graue Substanz.»

«Du verstehst das falsch», sagt die Blume. «Dank dir können die Menschen Häuser bauen.»

Darauf antwortet der untröstliche Stein: «Wir werden einer nach dem anderen zu einer Mauer aufgeschichtet. Da unsere Farbe langweilig ist, werden wir mit einer weissen Farbe bedeckt und danach für immer vergessen. Menschen hämmern Nägel in uns, verletzen uns und hängen schreckliche Sachen an uns auf. Nein, ein Stein zu sein ist nicht einfach. Wenn ich eine Gartenmauer aufhellen kann, geht es mir besser. Scheint die Sonne und wärmt mich, setzt sich eine Katze oder jemand anderes auf mich und die anderen Steine, sodass wir uns nützlich fühlen können.»

Die Blume hört ihm aufmerksam zu:

«Weisst du, dass zu Beginn der Menschheit Gruppen von Individuen dich <Stein> getauft haben und dass du sogar in einer anderen Sprache <Pierre> heisst oder dass dieser Name Neugeborenen bei der Geburt gegeben wird? Sie werden dann ein Leben lang Pierre genannt.»

«Was? Die Menschen gaben mir einen Namen und nahmen ihn dann für sich? Das ist erstaunlich. Wie ist das möglich, kleine Blume?»

«Mein Hirn ist winzig. Es hat wenig Raum für Antworten, aber ich denke, zu Beginn der Erschaffung der Erde gab es auf dem Boden nur Sand und Stein. Als der erste Mann geboren wurde, sah er sich einem kleinen Stück Stein wie dir gegenüber. Er nahm es in die Hand, und um seine Freundschaft mit ihm zu besiegeln, nannte er es <Pierre>. Im Laufe der Zeit», so die Blume weiter, «ist eine Vielzahl von Pierrots entstanden. Es gab sogar ein Genie, das geboren wurde, es wurde <Ein Stein oder Einstein> genannt.»

Der Stein ist zu Tränen gerührt. Er bewegt sich mühsam auf den Löwenzahn zu und flüstert ihm in die Blüte: «Du, mein Sonnenstrahl, du gibst mir Hoffnung, und ich merke, wie verhärtet mein Kopf war. Sei sicher, dass ich dich niemals vernichten werde. Du bist klein und zerbrechlich, aber so intelligent, und ich bin ein wenig schwer von Begriff. Zusammen bilden wir ein schönes Duo. Wir könnten uns Pissenlit-sur-Pierre nennen und einen Ort gebären.»

Nie zuvor sah die Löwenzahnblüte gelber aus.

 

 

  1. April 2020

 

 

 

Design linguistique à l’ère de la numérisation

La maîtrise de la langue maternelle – si elle s’avère possible –, d’une seconde langue ou étrangère,  dépasse la fonction linguistique comme l’utilisation du vocabulaire, la grammaire ou de la prononciation. S’exprimer verbalement prend sa source dans des fonctions psychologiques comme l’image de soi, la mémorisation, l’empathie, la capacité de se faire une idée des faits, de ressentir l’émotion, d’observer, d’imaginer, pouvoir nommer, comparer et décrire. Maîtriser une langue, c’est rendre l’énoncé accessible à des milieux différents et le faire accepter par la majorité d’entre eux.  Plus que jamais, à l’époque du numérique, c’est résister et préserver le feu intérieur. Les systèmes ou classification de catégories rendent la perception de l’identité humaine au sein d’une collectivité plus transparente. Des sous-groupes seraient imaginables, par exemple pour le discernement, l’imagination et la raison. Cependant, le danger est de se perdre dans la nébulosité des thèmes, une forme d’intellect inintelligible, et ainsi de s’écarter de l’essentiel : la dignité humaine.

Certitudes et solitudes

Porter de l’importance à son style d’expression verbale sous-entend « être » maître de soi dans un système individuel et collectif :

  • considérer au plus près ses besoins et convictions pour être compris là où il importe, 
  • connaître les systèmes de pensée dans lesquels nous désirons progresser,
  • prendre des risques, faire des erreurs, vivre l’échec ou le succès

 Plus nous combinons nos facultés, plus nous nous approchons d’une manière originale de nous exprimer et de nous faire comprendre.

1. LE SYSTÈME DE LA RELATION SOCIALE

Le patriarcat, les familles monoparentales, l’immigration, les problèmes écologiques, les épidémies, la globalisation, la pauvreté, l’alcoolisme, le manque de formation, le chômage sur une longue durée, l’immigration, la violence psychique et physique ou même le refus de la pensée émancipatoire favorisent les troubles du développement affectif de l’enfant. Ils peuvent engendrer des traumatismes au cours de la petite enfance, la scolarité obligatoire, la formation professionnelle et l’entrée dans le monde du travail : blocage langagier intense, utilisation des rapports de force, incapacité de concentration, manque d’enthousiasme, difficulté de mémorisation, dépression et problème relationnel. D’autres facteurs peuvent créer un barrage mental à la créativité comme une maladie chronique s’intègre à la personnalité. Mais, ces mêmes mécanismes peuvent également inciter un individu dans certains cas à découvrir et utiliser un énorme potentiel dans de nouveaux domaines. Ce processus de résilience génère une énergie considérable et donne une qualité exceptionnelle à la relation avec les autres. Promouvoir ces compétences dépend de l’expérience et des conditions vécues entre enfants et parents ou autres personnes nourricières, éducateurs, étudiants avec enseignants, formateurs et professionnels avec mentors dotés de capacités permettant de reconnaître l’efficacité prête à germer des apprenants et d’en tenir compte lors de l’instruction.

2. LE SYSTÈME DE L’ORGANISATION EN ENTREPRISE

Dans les entreprises, en raison de la séparation des compétences personnelles et professionnelles, les relations humaines sont amputées de leurs dimensions émotionnelles. La majorité des adultes rêvent de pouvoir vivre une intelligence simple et fluide, d’être compris simplement à travers un dialogue plausible, sans devoir se justifier, expliquer ou raisonner dans une atmosphère tendue. Comprendre l’organisation en entreprise simplifie l’explication de la vie psychique et de la conscience personnelle, à savoir

  • la représentation de notre position sociale
  • le savoir être et le savoir faire face aux relations humaines
  • les enjeux et la réorientation professionnelle
  • la marche de l’entreprise

3. LE SYSTÈME DES CROYANCES

Classifier l’utilisation de catégories (ou sous-systèmes) facilite la compréhension pour la pensée divergente dans une orientation terminologique.  En vue du dénouement des tensions relationnelles et des situations conflictuelles dans divers milieux, elle facilite la vulgarisation et l’interaction entre les divers acteurs. Ce sont les catégories suivantes :

  • familiaux,
  • religieux,
  • artistiques,
  • économiques,
  • politiques,
  • informatiques,
  • culturels,
  • de santé ou de sport. 

4.  LE SYSTÈME DE LA COMMUNICATION VERBALE

Dans ce système, la classification sert à comprendre la nécessité de se réinventer, créer son propre style d’expression en jouant avec les influences, les enchaînements relationnels, les connexions, les coopérations, l’équilibre entre l’image de soi, les attentes extérieures, l’interaction sociale et les retombées sur sa personnalité et dans la collectivité. Il s’agit de construire une identité flexible dont les composantes reposent sur un choix varié d’intérêts  :

  • la langue relationnelle ou sociale,
  • la langue de l’information,
  • la langue professionnelle : journalistique, informatique, médicale, psychologique, etc.
  • la langue littéraire 

À l’intérieur du système de communication, il y a la représentation de notre personnalité : pouvoir se créer une sphère de réflexion, « se réfléchir » en soi-même. C’est une force qu’on pourrait également appeler de « lumière », d’entendement (Vernunft), de raison, de conscience. Les forces de notre âme ne sont rien d’autre que des abstractions, des opérations métaphysiques.

5. LE SYSTÈME DE LA LINGUISTIQUE APPLIQUÉE

Relativiser l’idéologie digitale
À l’intersection des connaissances informatiques et digitales, l’acquisition et la construction de la langue prend une dimension inédite, dont la grammaire, le vocabulaire, la syntaxe, la sémantique, la phonétique, la compétence discursive et les outils de formation à la communication orale et écrite. En raison des formes de communication à distance sur Internet, le langage dialogique et spontané rend sa viabilité limitée. La liberté de l’intervention individuelle à toute heure dans chaque circonstance s’écarte de l’instruction en formation continue. Trop longtemps, les milieux politiques, scientifiques, économiques ou journalistiques ont détenu le monopole de la communication. Au fil du temps, de simples personnes civiles, ignorées par ces milieux, ont réalisé qu’elles avaient, elles aussi, leur mot à dire. Elles se sont saisies de l’idéologie digitale pour mener la résistance. S’en servir uniquement en vue de prendre sa place dans la société, à savoir partager ses opinions et donner des réponses avant que les vraies questions soient posées est devenue un modèle de fonctionnement efficace. La capacité naturelle à s’ouvrir à de nouvelles choses facilite la transgression de vieux schémas et renforce le sentiment d’appartenance. En même temps, cette ouverture est devenue une zone saturée d’informations, ce qui atténue la cohérence du propos, l’effet de surprise et l’authenticité de la personne.

Linguistique connectée aux réalités
S’impliquer individuellement, comme l’encadrement des collègues, la prise de parole, conduire un entretien d’embauche, valoriser un proche ou une collaboratrice, demande une proximité physique, du moins une présence attentive sur la durée. Le langage en face-à-face renforce l’image/l’estime de soi dans laquelle la voix, l’articulation et la manière de dire, le regard des yeux et le comportement mental alternent dans un rythme naturel. Éveiller la créativité – l’innovation – relève d’une richesse intérieure et extérieure essentielle à l’avancement de la société. Dans un premier temps, ce potentiel est invisible, voire inconscient. Le son résonne en différentes parties du corps et d’autres phénomènes, comme les mouvements du corps, l’odeur de la peau, des vêtements et du lieu où l’on se trouve, se propagent seulement dans une interaction physique. Ni les contacts sur les plates-formes dans internet, ni la technologie vocale ne tiennent compte des ondes vibratoires de l’individu.

6. LE SYSTÈME PRAXÉOLOGIQUE

Être sur cette planète est le signe que nous devons accepter de se faire confiance car nous sommes nés seuls et mourrons seuls et non sur une plate-forme invisible. Raconter des histoires, acquérir des connaissances, apprendre le savoir être, enseigner, partager des expériences en présence d’une ou plusieurs personnes est le seul moyen de partager notre vulnérabilité, les joies et les moments de découragement, de connaître ses propres qualités et celles des autres, ses défauts et ceux des autres, de découvrir la beauté d’un mot, d’un regard ou d’un visage, d’un coucher ou lever de soleil.

 

Formation d’adultes, développement linguistique, construction identitaire et créativité, Institut de Langue Française et d’Expression (ILFE)

Leçon de philosophie

Comme à travers mille clins d’œil, les mots expriment l’entente ou la mésentente, le consentement ou le refus, l’intérêt ou le désintérêt, la sincérité ou la duperie, l’envie ou le dégoût. Chacun de nous porte un regard différent et nuancé sur son vocabulaire, persuadé de sa propre vérité. Les malentendus ainsi provoqués nous mettent en face de notre ignorance. Les causes objectives des bien-pensants ne sont que tyrannie dans un monde agité. Elles répandent la confusion, donnent matière à l’interprétation ou à la confrontation. Raisonner sur des faits sans les avoir expérimentés soi-même, chercher à convaincre sans être capable de faire don de soi, distraire ou instruire un public sans connaître la force et la fragilité de l’autre, montrer sa supériorité à travers la morale, tout cela est tendance à chaque époque.

Les gens se considérant comme objectifs dans leur manière de réfléchir et d’entreprendre me déstabilisent. Ils nient l’émotion, la tristesse et la joie. Ils perçoivent les jeunes comme naïfs, les personnes fragiles comme inutiles et considèrent la fin de vie comme un échec. De plus en plus, les assistantes qui travaillent pour eux les quittent et se tournent vers une école de management ou vers une profession libérale. Dans les entreprises, la douceur dans l’interaction verbale ainsi que la recherche de l’harmonie pourraient être des qualités personnelles, humaines et relationnelles. Elles faciliteraient les relations hiérarchiques, permettraient d’instaurer un climat propice à l’interaction, de mieux intégrer des personnes dans un groupe, de motiver une équipe, de conduire des entretiens et de s’épanouir. Toutefois, les compétences cognitives sont encore trop perçues comme des valeurs propres à la vie privée, aux domaines psychologiques ou psychothérapeutiques.

Quel avenir?
Le monde commence à changer. Une conscience collective est en train d’éclore : l’individu saccage la nature, mais aussi sabote sa propre humanité jusqu’à son extinction. Je veux bien croire que les dinosaures aient été tués par un astéroïde il y a 65 millions d’années, mais

  • que des milliers d’espèces aient disparu en quelques années,
  • que les sols et la nourriture soient contaminés par les pesticides,
  • que des centaines de personnes se suicident en Suisse,
  • qu’une femme meure tous les quinze jours à cause de la violence d’un homme,
  • que les gens choisissent une organisation pour fixer la date de leur mort parce qu’ils ne veulent pas déranger,
  • qu’un nombre toujours plus grand de réfugiés restent bloqués aux frontières dans des tentes quasi inhabitables,
  • que le nom des plus riches du monde soit publié indécemment,
  • que de nombreux adultes ne soient pas en mesure de comprendre ou de parler une seconde langue nationale bien qu’elle ait été enseignée par des professionnels à l’école pendant plusieurs années,
  • que des travailleurs de 50 ans craignent de perdre leur emploi en raison de leur âge,

tous ces faits démontrent une réalité insupportable.

Voir les choses de manière constructive
Je fais davantage confiance aux professionnels privilégiant la subjectivité individuelle. Avec eux, il est possible de découvrir ensemble

  • de quoi nous avons besoin pour (se faire) vraiment comprendre,
  • comment procéder pour être écouté,
  • … se fier à son expérience et y trouver une source d’inspiration,
  • … choisir des mots qui donnent du sens,
  • … poser les bonnes questions et trouver des réponses,
  • … découvrir la créativité avec rien,
  • … donner envie de relever un défi,
  • … donner espoir sans revenir aux mesures autoritaires d’autrefois,
  • … mieux partager les bénéfices de la qualité et des résultats,
  • … apprendre à poser des limites.

Avoir un idéal est une vertu
Les personnes curieuses et intuitives sont souvent considérées comme peu objectives, ignorant les faits nommés communément « la réalité ». Les gens objectifs visent des critères précis, sans se soucier des conditions de travail lamentables dans lesquelles les hommes et les femmes sont forcés de sélectionner et classer des faits, de fournir une preuve après l’autre.

Des termes lourds de significations et de conséquences
Les mots « qualité », « résultat » et « intelligence artificielle »  résonnent étrangement dans les bouches. La recherche permanente de la qualité dans un système défini par des lobbyistes est certes un objectif nécessaire et noble. Des résultats « objectifs » sont régulièrement publiés dans la presse. Ils ne disent rien ni sur les activités en coulisse, dirigées vers un esprit arbitraire et de compétition mais ne laissant aucune place à la découverte. Dans le domaine de l’agriculture, des soins, de l’hôtellerie et de la restauration, de l’informatique et des médias, la course à la qualité a des conséquences dramatiques sur les relations interpersonnelles. Chacun doit faire attention à ce qu’il dit et comment il le dit. Les gens, immobiles devant les écrans, deviennent insensibles. Le seul sport qu’ils exercent, c’est la course à pied d’une séance à l’autre, le collage d’étiquettes ici et là, entourés de coachs qui entrent et sortent à toutes les heures de la journée pour résoudre les conflits que ces mesures engendrent. Dans le meilleur des cas, ils parlent bien plusieurs langues, sinon, ils se débrouillent dans un anglais restreint.

La qualité, c’est quoi si les dirigeants font du profit leur but principal ?
Dans les supermarchés, les clients achètent bio et, souvent, rapportent chez eux des fruits payés cher, pourris ou durs, n’ayant jamais reçu un rayon de soleil. Dans certains hôpitaux, j’ai été personnellement confrontée à l’absence de qualité : erreur de nom lors d’analyses de sang, sol de salle de bain tapissé d’excréments, plats de nourriture distribués à la va-vite à des personnes venant d’être opérées ou incapables de manger seules, absence d’eau minérale dans les chambres, personnes souffrant de stress ou de dépression, manque de personnel pour cause de burn-out, médecins ignorant la communication centrée vers le patient avant une opération, médecin en conflit avec le personnel soignant.

Les journalistes critiques, ainsi que le simple citoyen, ont du pain sur la planche : observer, analyser, retenir, explorer encore et encore pour oser dire. Peu importe où et comment, sur le papier ou ailleurs.

Les jeunes montrent le chemin à suivre
Quand j’étais enfant, les adultes disaient : tu verras, tu verras… tu comprendras, tu comprendras… J’avais l’impression déjà de cerner l’essentiel. Surtout ne pas l’avouer et le proclamer. Les autres le feront à ma place. La liberté appartient à ceux qui, le cœur vague en faisant de la bicyclette, ne revendiquent rien et ne cherchent pas à gagner. Du moins, c’est ce que j’en déduisais. Bien sûr, je me trompais.

Léo Ferré chante « Avec le temps, tout s’en va et on oublie… la tendresse s’en va toute seule… il faut laisser faire et c’est très bien… surtout ne prends pas froid. »

Éviter les luttes de classe
Si politiciens, économistes ou autres dirigeants souhaitent rester au pouvoir, ils feraient bien de s’inspirer d’un minimum de subjectivité. Ils verraient combien ce nouveau regard sur les qualités cognitives contribue au sentiment du devoir bien fait. 

 

Cultiver l’art de l’autodérision, c’est aller à l’autre bout de la terre




À l’aéroport de New York, un manager appelle un taxi. Dans la voiture, le chauffeur lui demande l’adresse de la destination:

– où que vous vouliez, on m’attend partout !

L’humour propage des vibrations bienfaisantes et prouve que savourer le moment présent est un art total de l’estime de soi. Il faut du courage pour pouvoir ronronner en surfant sur le dos des vagues : « J’aime la vie, je me sens capable, je maîtrise la peur, j’avance, j’y vais, j’assume ». Se mettre des lauriers de cette manière est un trésor rarissime à l’époque où la vitesse du temps nous dépasse; expérience immersive et moment d’extase dans une réalité culturelle allant au-delà du virtuel. Rire de soi ouvre sur une dimension théâtrale dans laquelle le temps ne joue aucun rôle, où nous sentons nos racines avec ce que nous faisons. Nous nous rassurons en mettant nos angoisses et notre côté mesquin en lumière. Soudain, nos traits névrotiques nous rassurent et disparaissent. « J’ai besoin de réfléchir, je suis partout et nulle part » c’est dire avec grandeur « J’en ai marre ». Ce travail de haute qualité spirituelle m’a émue à plusieurs reprises. En plongeant au fond de moi dans des situations dramatiques, j’ai oublié la peur de déranger, assumé ma fragilité. Instinctivement, un potentiel caché a surgi : prendre le temps d’entrer dans la vague de la vie et se détacher du réel.

Se justifier par la montagne de travail ou par un agenda complet reflète un comportement inaccessible à l’imprévu. Mais, lorsque nous permettons au temps de s’arrêter, l’autodérision nous guérit par une montée puissante et forte en émotion.

Bannir les phrases suivantes de son quotidien « Je n’ai pas le temps, je suis pressé, j’ai beaucoup de travail, je suis stressé », provoque un effet magique. Grâce à cette lucidité, nous accédons par le jeu à prévoir l’aléatoire, exercice décisif dans notre relation à soi et aux autres.

Se proposer de s’organiser, malgré les occupations qui nous envahissent, c’est la moitié du chemin fait dans un esprit libre et amusant. La mise en scène philosophique facilite le condensé des choses et de notre histoire, comme un cercle qui se perpétue. Il stoppe l’engrenage infernal de la limite que les autres nous imposent ou que nous nous infligeons à nous-mêmes. Si nous apprenons de cette expérience, nous sommes totalement dans l’air du temps. L’art de l’autodérision divertit et cultive comme une musique de Wagner. Moment fabuleux de faire des choix et de préserver le meilleur en soi.