À l’aéroport de New York, un manager appelle un taxi. Dans la voiture, le chauffeur lui demande l’adresse de la destination:

– où que vous vouliez, on m’attend partout !

L’humour propage des vibrations bienfaisantes et prouve que savourer le moment présent est un art total de l’estime de soi. Il faut du courage pour pouvoir ronronner en surfant sur le dos des vagues : « J’aime la vie, je me sens capable, je maîtrise la peur, j’avance, j’y vais, j’assume ». Se mettre des lauriers de cette manière est un trésor rarissime à l’époque où la vitesse du temps nous dépasse; expérience immersive et moment d’extase dans une réalité culturelle allant au-delà du virtuel. Rire de soi ouvre sur une dimension théâtrale dans laquelle le temps ne joue aucun rôle, où nous sentons nos racines avec ce que nous faisons. Nous nous rassurons en mettant nos angoisses et notre côté mesquin en lumière. Soudain, nos traits névrotiques nous rassurent et disparaissent. « J’ai besoin de réfléchir, je suis partout et nulle part » c’est dire avec grandeur « J’en ai marre ». Ce travail de haute qualité spirituelle m’a émue à plusieurs reprises. En plongeant au fond de moi dans des situations dramatiques, j’ai oublié la peur de déranger, assumé ma fragilité. Instinctivement, un potentiel caché a surgi : prendre le temps d’entrer dans la vague de la vie et se détacher du réel.

Se justifier par la montagne de travail ou par un agenda complet reflète un comportement inaccessible à l’imprévu. Mais, lorsque nous permettons au temps de s’arrêter, l’autodérision nous guérit par une montée puissante et forte en émotion.

Bannir les phrases suivantes de son quotidien « Je n’ai pas le temps, je suis pressé, j’ai beaucoup de travail, je suis stressé », provoque un effet magique. Grâce à cette lucidité, nous accédons par le jeu à prévoir l’aléatoire, exercice décisif dans notre relation à soi et aux autres.

Se proposer de s’organiser, malgré les occupations qui nous envahissent, c’est la moitié du chemin fait dans un esprit libre et amusant. La mise en scène philosophique facilite le condensé des choses et de notre histoire, comme un cercle qui se perpétue. Il stoppe l’engrenage infernal de la limite que les autres nous imposent ou que nous nous infligeons à nous-mêmes. Si nous apprenons de cette expérience, nous sommes totalement dans l’air du temps. L’art de l’autodérision divertit et cultive comme une musique de Wagner. Moment fabuleux de faire des choix et de préserver le meilleur en soi.