« Le jaune, tel un rayon de soleil caressant ma surface ennuyeuse, est ma couleur préférée », dit la pierre.

« Une surface ennuyeuse ? » demanda la fleur, indignée. « Tu donnes l’impression, si tu le désires, de pouvoir régner sur l’humanité ou de l’écraser ».

« Oui, c’est justement le drame. Un individu peut me prendre dans sa main et me lancer contre une vitre. Je suis utilisé de manière odieuse pour qu’il puisse mieux déverser sa colère. »

« Et moi », dit la fleur, « dès mon réveil au printemps, mes jeunes feuilles peuvent être servies en salade. Les petits enfants m’apprécient d’une façon bizarre. Ils coupent ma tige et m’offrent comme cadeau aux mamans ou aux institutrices. Elles sont remplies de joie mais aussitôt après, je meure. »

« Au moins, tu fais plaisir à quelqu’un », dit la pierre, optimiste. « Moi, je ne suis qu’une simple matière grise. »

« Tu te méprends sur ta condition », dit la fleur. « Grâce à toi, les humains construisent des maisons. »

La pierre, inconsolable, répond : « Une à une, nous sommes entassées pour devenir un mur. Comme notre couleur est ennuyeuse, les individus nous couvrent de blanc, puis nous oublient. Ils nous plantent des clous, nous blessent et suspendent des trucs horribles. Non, être pierre n’est pas de tout repos. Quand je peux égayer un mur de jardin, je me sens mieux. Le soleil nous chauffe, un chat ou quelqu’un d’autre s’assoit sur nous les pierres. Alors, nous nous sentons utiles. »

La fleur écoute attentivement et poursuit :

« Est-ce que tu sais qu’au début de l’humanité, des groupes d’individus t’ont baptisé <pierre> et qu’ils ont aussi donné ce nom à des êtres humains nouveau-nés à leur naissance ? Ils s’appellent alors une vie durant <Pierre>. D’autres groupes humains t’ont baptisé <Stein>. »

« Quoi ? Ils m’ont donné un nom et ensuite, ils l’ont pris pour eux ? C’est incroyable. Comment est-ce possible, petite fleur ? »

« Mon cerveau est minuscule, il contient peu de place pour des réponses, mais je suppose qu’au début de la création de la terre, sur le sol, il y avait seulement du sable et de la roche. Quand le premier homme est né, il se trouva nez à nez un petit morceau de roche, comme toi et il l’a prise dans la main. Dès lors, pour sceller son amitié avec elle, il l’appela <pierre>. Au fil du temps, poursuit la fleur, une multitude de Pierrots ont vu le jour. Il y eut même un génie qui vit le jour, il s’appela <Einstein>. »

La pierre, émue aux larmes, se déplaça avec peine vers la fleur de pissenlit et chuchota : « Toi, mon rayon de soleil, tu me redonnes espoir et je constate combien j’avais une tête dure. Sois certaine que je ne t’écraserai jamais. Tu es petite et fragile mais si intelligente ! Moi, je suis un peu lourde à comprendre. Ensemble, nous formons un beau duo. Nous pourrions nous nommer Pissenlit-sur-Pierre et donner naissance à un lieu. »

Comme jamais, la fleur de pissenlit éclata de jaune.