La maîtrise de sa langue maternelle, pour autant qu’elle s’avère possible, connaître une langue seconde ou étrangère, est une faculté qui a des sources multiples comme l’image de soi, la mémorisation, l’empathie, la capacité de se faire une idée des faits – sur la base de l’observation, du ressenti ou de l’imagination –, les nommer, les comparer et les décrire, rendre l’énoncé accessible à des milieux différents et le faire accepter par la majorité d’entre eux. Cette maîtrise dépasse le langage, comme le vocabulaire, la grammaire ou la prononciation. À l’époque de la digitalisation, l’expression verbale est devenue une façon d’être : savoir sourire aussi, apprendre à vivre et savoir aimer, savoir donner sans attendre, apprendre à recommencer et à rêver, accepter et supporter de ne pas comprendre. Maîtriser une langue, c’est résister, préserver le feu intérieur.

Certitudes et solitudes

Porter de l’importance à son style d’expression sous-entend de considérer au plus près ses besoins et convictions pour être compris là où il importe. Le partage d’une opinion ne suffit pas à faire passer un message, il s’agit d’ignorer ce que les autres pensent de nous, de connaître les systèmes de pensée dans lesquels nous désirons progresser et de prendre des risques. Cette classification, ci-dessous, simplifie la représentation de notre position sociale, les enjeux professionnels, l’analyse des relations humaines et des situations de la vie quotidienne. Elle est une sorte de jeu facilitateur en vue du dénouement des tensions relationnelles et des situations conflictuelles. Sans pouvoir prédire des solutions définitives, il est clair que plus nous combinons nos facultés, plus nous nous approchons d’une manière originale de nous exprimer et de nous faire comprendre.

L’image de soi

Les contraintes et des schémas imposés par l’éducation dans le jeune âge et par les voies scientifiques à l’âge adulte, peuvent produire des blocages langagiers, freiner l’enthousiasme et la créativité mais peuvent également inciter à découvrir et utiliser son potentiel dans de nouveaux domaines. Ce processus génère une énergie considérable, donne une qualité exceptionnelle à la relation avec les autres. Promouvoir ses compétences dépend des conditions dans lesquelles nous nous développons et des formateurs que nous rencontrons dans notre parcours de vie.

Dans les entreprises, en raison de la séparation des compétences personnelles et professionnelles, les relations humaines sont amputées de leurs dimensions émotionnelles alors que chacun et chacune d’entre nous rêve de pouvoir vivre une intelligence simple et fluide, rêve d’être compris.e sans devoir se justifier ou expliquer longuement.

J’aimerais ajouter dans un esprit poétique : être compris dans le silence absolu des mots qu’on arrive plus à distinguer, loin des villes et des autoroutes, sur les sentiers loin des naufrages.

Les systèmes de pensée et les catégories, un scénario facilitateur

Nous pouvons classifier l’utilisation d’une langue en systèmes : familiaux, religieux, artistiques, économiques, politiques, informatiques, culturels, de santé ou de sport.  Nous pouvons aussi la classifier en catégories : la langue relationnelle ou sociale, la langue de l’information, la langue terminologique, professionnelle, littéraire ou psychologique.  À l’intérieur de ces catégories, il y a la représentation de notre personnalité : pouvoir se créer une sphère de réflexion, « se réfléchir » en soi-même. C’est une force qu’on pourrait également appeler de « lumière », d’entendement (Vernunft), de raison, de conscience. Les forces de notre âme ne sont rien d’autre que des abstractions, des opérations métaphysiques. On les divise en systèmes ou catégories parce que c’est plus facile à comprendre. On pourrait encore en faire des sous-groupes, par exemple pour le discernement, l’imagination et la raison. Cependant, le danger est de se perdre dans la nébulosité des thèmes, une forme d’intellect inintelligible, et ainsi de s’écarter de l’essentiel : la dignité humaine.

Relativiser l’idéologie digitale

En raison des formes de communication à distance sur Internet, le langage dialogique et spontané rend sa viabilité limitée. Chacun d’entre nous est libre d’intervenir et de participer au débat. Trop longtemps, certains milieux ont détenu le monopole de la communication. Au fil du temps, de simples personnes civiles ont réalisé qu’elles avaient, elles aussi, quelque chose à dire. Elles se sont servies de l’idéologie digitale, sans être convaincue de cet instrument, uniquement pour prendre leur place et s’exprimer. La capacité naturelle à s’ouvrir à de nouvelles choses facilite la transgression de vieux schémas et renforce le sentiment d’appartenance. En même temps, cette ouverture est devenue une zone saturée d’informations, ce qui atténue l’effet de surprise.
S’impliquer individuellement, comme l’encadrement des collègues, la prise de parole, conduire un entretien d’embauche, valoriser un proche ou une collaboratrice, demande une proximité physique. Le langage en face-à-face renforce l’image/l’estime de soi dans laquelle la voix, l’articulation et la manière de dire, le regard des yeux et le comportement mental alternent dans un rythme naturel. Éveiller la créativité – l’innovation – relève d’une richesse intérieure et extérieure essentielle à l’avancement de la société. Dans un premier temps, ce potentiel est invisible, voire inconscient. Le son résonne en différentes parties du corps et d’autres phénomènes, comme les mouvements du corps, l’odeur de la peau, des vêtements et du lieu où l’on se trouve, se propagent seulement dans une interaction physique. Ni les contacts sur les plates-formes dans internet, ni la technologie vocale ne tiennent compte des ondes vibratoires de l’individu.

Suivre son étoile, une démarche praxéologique

Être sur cette planète est le signe que nous devons accepter de se faire confiance car nous sommes nés seuls et mourrons seuls et non sur une plate-forme invisible. Raconter des histoires, apprendre un savoir et enseigner, partager des expériences en présence d’une ou plusieurs personnes est le seul moyen de partager notre vulnérabilité, les joies et les moments de découragement, de connaître ses propres qualités et celles des autres, ses défauts et ceux des autres, de découvrir la beauté d’un mot, d’un regard ou d’un visage, d’un coucher ou lever de soleil.

 

Formation d’adultes, développement linguistique, construction identitaire et créativité, Institut de Langue Française et d’Expression (ILFE)