«Une branche de feuilles à la tombée de la nuit»
Photo an-von

Chercher à comprendre le monde est un défi autre que celui de tenir un titre ou suivre une formation rétribuée par un diplôme et la promesse qu’il ouvrira de nouvelles portes à notre destinée. Ce savoir-faire est étroitement lié au phénomène du changement, donc au lâcher prise et au rebondissement.

Réfléchir sur l’expression verbale, la sienne et celle des autres, signifie toujours avoir une intention. Qui ressent le besoin de communiquer ne peut le mettre en pratique sans être coopératif en même temps. Pour simuler, nourrir et finalement réaliser mes propres intentions, j’ai besoin de connaître les normes qui prévalent dans mon entourage ainsi que les nombreuses valeurs ancrées dans mon quotidien. Nous nous sentons reliés aux gens qui partagent les mêmes idéaux et les mêmes convictions politiques que nous, même si parfois, en les connaissant mieux, nous préférerions les ignorer. Le fait de vouloir comprendre nous place devant de gros enjeux et déclenche une abondance d’intentions, passage symbolique à l’inspiration et la créativité. Pour laisser évoluer des relations, on invente la roue.

Pour les penseurs indépendants, le fonctionnement des systèmes freine le développement

Depuis le début des années deux mille, le vivre ensemble est défini sous des sociétés différenciées : les systèmes. Chacun d’entre eux revendique le monopole de son fonctionnement sans préciser les raisons qui soutiennent ou mènent à l’enrichissement de l’ensemble de la société. Wikipedia, en allemand, décrit la politique comme « régulant les affaires d’une communauté par le biais de décisions contraignantes ». Or, l’Église et l’État, l’économie et la politique, la médecine et l’éducation, représentent des systèmes dans lesquels il s’agit d’interagir en fonction d’une administration et de sa représentation vers l’extérieur au lieu de développer un – précieux – réservoir d’idées. Le système perd donc son attractivité et devient inefficace, raison pour laquelle les changements sont difficiles à mettre en place. Une personne étroitement liée à un ou plusieurs systèmes est souvent empruntée lorsqu’il s’agit de mettre en scène une rhétorique individuelle. Peu habile dans les capacités cognitives, elle s’en remet plus au concept global du système que d’instaurer la confiance, tendre vers l’égalité entre hommes et femmes, rejeter la violence, favoriser l’innovation.  Au centre d’un système déterminé, la personne considère plus facilement les activités artistiques – en particulier celles des femmes – comme des compétences professionnelles peu rentables.

La raison de cette division au sein de la société est liée à la croyance que la vérité n’appartient qu’à des groupes distincts capables de lier les pires contradictions. La finesse nécessaire dans un système est de toujours de garder un œil ouvert « avec l’autre » et non « sur l’autre ». Accepter des opinions divergentes est le meilleur instrument pour de meilleures solutions. On pourrait donc dire qu’un système devrait faciliter la transparence, la propagation d’un mouvement social et économique équilibré, représenter des entités morales visant à encourager des actions créant du sens. Or, les systèmes sont principalement constitués de différentes parties en réseau dans lesquelles les contraintes étouffent la créativité et où personne ne se sent moralement responsable. Pour cela et pour d’autres raisons, de moins en moins de gens parmi nous sont habitués à gérer quelque chose et ne recherchent pas non plus des moyens pour en être capables. L’inquiétude, la peur ou la lâcheté en sont probablement les motifs principaux. Il est facile de justifier sa position à travers le mépris et le rejet d’un présupposé « idéalisme subjectif », reflet d’une profonde amertume appelée « consensus, plus précisément élimination ».  Ce manque de réflexion et d’analyse favorise les systèmes frauduleux de la cybercriminalité. Non pas des personnes individuelles sont remises en cause, mais les groupes dirigeants des systèmes qui fonctionnent dans l’anonymité administrative. Ces mécanismes invisibles forment un terrain idéal pour les transgressions d’ordre juridique. Les auteurs ou les organisations frauduleuses, repérables seulement après l’analyse concrète du fonctionnement d’un système, utilisent le manque de transparence, l’anonymat ainsi que les mécanismes techniques à leur avantage.

Être une personne bien (morale), une vertu acquise dans l’enfance et sans lien avec un titre attribué

Se diriger vers le futur, c’est être capable de comprendre le passé, de l’avoir géré et d’en tirer le meilleur. Ces trois conditions forment le sens moral. Ils font partie d’un processus créatif qui remonte à la petite enfance, à l’instant où le développement du langage et de la pensée du nourrisson se construit, même s’il ne parle pas encore. Les mots et leur résonance sont, dans une large mesure, une question d’intimité, de soins et de compassion. Le petit enfant entouré d’affection et d’interactions émotionnelles bienfaisantes avec les adultes, ressentira plus de facilité à vivre avec eux que s’il avait vécu des sentiments d’abandon. C’est le cas des enfants hospitalisés sur une longue durée, des migrants ou tous ceux qui ont été isolés pour une cause ou une autre. La plupart d’entre nous, à l’âge adulte, démontrent une grande flexibilité et s’adaptent facilement, conditions permettant notre survie. Nos besoins matériels et sociaux changent selon des contextes qui, malgré nous, ont été constamment modifiés. Ces modifications favorisent la vulnérabilité et influencent la manière de réfléchir sur notre statut. Se remettre en question définit notre personnalité car lorsqu’il s’agit de planifier notre devenir, nous sommes quotidiennement en opposition avec la nature humaine. Le statut est devenu le résultat d’un endoctrinement quotidien, le culte de notre société, l’obsession par le biais de la publicité
« être quelqu’un » ou acquérir quelque chose pour devenir ce quelqu’un, en quelque sorte représenter un objet parmi d’autres. En poussant la réflexion, on pourrait ajouter „être le produit d’un système déterminé“.

Comment les gens devraient-ils savoir ce qu’ils veulent et ce dont ils ont vraiment besoin s’ils se sentent comme ceux qui n’ont consommé que des aliments dont le goût a été altéré – trop sucré, trop salé, aromatisé artificiellement – et qui ne peuvent plus goûter les fines nuances des produits naturels. Le « quoi » et le « combien » – dominent le quotidien et le « comment faire » appris au jardin d’enfant a perdu du sens.

Comprendre les intentions des autres sans monnayer les tissus de relations

Le raisonnement est le résultat d’une communication de groupe sur un esprit de fond partagé. Notre intelligence sociale et notre langage vont de pair. En tant qu’êtres vivants naturellement doués, nous pouvons reconnaître les intentions des autres et ainsi, nous sentir reliés, prêts à nous mettre au diapason des autres. De ce point de vue, l’attitude créative pourrait être considérée comme un acte moral : se distinguer des autres, non pas pour être mieux ou chercher le pouvoir, mais pour souligner sa différence et tenir en équilibre le groupe.

Dans les relations de la vie sociale et la vie des affaires, les interactions humaines profondes facilitent le raisonnement. Elles nous permettent de nous sentir concernés par une expérience, un thème, une vision et nous donnent envie d’être responsables. En revanche, l’indifférence représente en quelque sorte une rébellion lors de laquelle le langage et l’action sociale sont subtilement monnayés ou utilisés à des fins autres que le partage. L’altruisme, attitude généreuse libre et gratuite, libérée des contraintes, ressemble fort à l’attitude créative, à l’expérience spirituelle. Non seulement, elle apporte du réconfort, elle sert de modèle de société. Beaucoup parmi nous, interprètent les mots de „morale“ et „créativité“ de manière fantaisiste. Pour ma part, j’ai fait l’expérience qu’être une personne morale ne veut pas dire renoncer au plaisir, mais à la frivolité. Comprendre le renoncement ne concerne donc pas seulement une cause matérielle mais comprendre une forme de toxicité mentale, celle que nous retrouvons dans les cercles des relations imposées. Là où le motif du profit plane, le partenariat social propage une fausse idée de la sécurité matérielle. Le fruit d’un système sous-développé peut être comparé au constat du nombre élevé de personnes âgées ayant porté la plus grande partie de leur vie une responsabilité professionnelle et qui malgré tout, perdent leur emploi et/ou reçoivent des retraites indignes de leurs engagements. Cette réalité donne le vertige.

Les créateurs et créatrices redonnent la vie

L’adulte doté d’une curiosité insatiable se renseigne, pose des questions, cherche des liens de causalité pour les mettre en relation. Il lui est plus facile de lâcher la bride. Le défi des gens créateurs – sans lien avec les capacités artistiques – est donc bel et bien de sortir du rang et de transgresser les idées reçues. Ils ne le font pas pour jouer un rôle, mais pour donner du sens. Porter une attention particulière à ces éléments engendre des résultats extrêmement bénéfiques. Créer une nouvelle dimension en vue de préserver l’intégrité des créateurs est essentielle. Elle répond à un besoin intuitif de comprendre à partir de l’observation, l’écoute, la vue, le ressenti et d’associer ces différents éléments entre eux, afin d’obtenir une réponse. La motivation de la curiosité de l’enfant part de là. Par contre, la créativité vantée dans les milieux professionnels débouche trop souvent sur des considérations économiques. Les managers, formés avant tout à mesurer, comparer, produire, calculer, taisent leur intuition. Donc, quand un collaborateur fait preuve de curiosité, elle est considérée comme un danger, un risque à éviter, un idéal sans consistance.

Ne pas savoir, taire un fait, refuser, une réalité quotidienne

Chercher à comprendre et amorcer le changement ne donnent pas de réponses immédiates, d’où le malaise ressenti par de nombreuses personnes en quête de résultats rapides. Dans une société déterminée par l’efficacité, ne pas pouvoir répondre à une attente, une question, un désir, signifie pour certains afficher une faiblesse, un échec. Il n’y a rien de honteux à dire que nous n’avons ni la connaissance ni l’expérience de ce qui nous est demandé. Le désastre réside dans le fait d’être incapable de le reconnaître ou de donner l’impression à la personne censée apporter une réponse,  que si elle n’en a pas, elle est sur le mauvais chemin, ou du moins sur un chemin classé idéologiquement comme malsain.

Admettre de ne pas savoir nous met sur une piste de ce quelque chose d’inconnu qui pourrait être développé, vers lequel un nouveau regard pourrait être tendu, afin d’y coller un nom. Dire non ou je ne sais pas, c’est dire à l’autre que je suis différent de lui, mais surtout que je suis à une autre « place » que celle que l’autre attend de moi.

Face au non-savoir, il n’y a qu’une façon d’être sincère, il y en a cent d’être habile, comme faire des recherches, se renseigner auprès d’experts ou poser des questions au bon endroit. Devant un refus, nous pouvons en rechercher les raisons, proposer des alternatives, redéfinir un projet ou simplement admettre que le moment pour un oui n’est pas le bon ou que le contexte est inopportun à notre demande. Les caractéristiques de notre personnalité ne déclenchent que rarement la cause d’un refus. Elle est souvent due à la variabilité inhérente de la situation actuelle, à un jugement hâtif ou aux préjugés, à la divergence des intérêts ou à la conformité hiérarchique. Lorsque le non caractérise le mal-être, le désintérêt, l’égocentrisme ou une attitude arrogante, notre responsabilité n’est pas non plus engagée. C’est sa formule inadéquate qui en est la cause ou si le « non-savoir » dissimule une vérité plus profonde, parfois adéquatement tue ou manipulée, la cachoterie, c’est le caractère moral de la personne qui est en jeu.

Être créateur ou créatrice dans le sens de l’acte social

Être véritablement créatif signifie reconnaître que nous sommes prisonniers de nous-mêmes et donc que nous sommes capables de nous libérer des opinions des autres, de nourrir notre fascination pour les choses qui nous entourent, nous libérer des apparences trompeuses et des préjugés, „être éveillé.e“, trouver les mots justes pour qu’ils aient un impact. Il n’existe aucun catalogue garantissant notre devenir. En revanche, il existe des pistes intéressantes.

Quelles sont les caractéristiques psychologiques des « créateurs » ?

1. Quitter le berceau

Quitter tôt ou tard l’environnement familial ne veut pas dire le trahir, c’est vouloir aller à la conquête de sa propre vie et ainsi, partager cette richesse. Prendre le risque de s’affirmer est une condition pour devenir adulte.

2. Être motivé et s’engager

Être convaincu d’un sentiment ou d’une idée mène à une prise de décision et pousse à agir. L’échec n’est pas perçu comme une défaite, mais comme un signe lucide et révélateur : il y a une autre piste à prendre ! La motivation se trouve dans l’intérêt que nous portons aux choses, aux différents thèmes, dans la compassion que nous témoignons aux personnes.

3. S’accepter

Reconnaître ses émotions, être ouvert.e à toutes les pensées, prêt.e à faire évoluer ses croyances personnelles, favorise l’innovation. L’ouverture à l’expérience, à l’originalité dans tous les domaines révèle un terrain propice à la création. L’acceptation de soi s’impose alors comme l’achèvement d’un travail de développement personnel.

4. S’estimer

La maîtrise émotionnelle est liée à un comportement extraverti, favorisant les contacts sociaux. Le créateur valorise son œuvre, l’échec fait ainsi l’objet d’un véritable renouvellement et non pas d’une simple défaite. L’estime de soi présuppose enfin ne pas plaire à tout le monde.

5. Être différencié

Accepter d’avoir des idées inhabituelles, en grand nombre, dans différents domaines, donne à l’élan créateur toute sa force. Se connaître permet finalement d’accepter l’autre tel qu’il est.

6. Aimer la contradiction

Être prêt à changer d’idée afin de transgresser une opinion au départ estimée pourtant juste. Les souvenirs, notre expérience et notre imagination nous amènent à recréer quelque chose de nouveau. La contradiction n’est pas le début de la défaite, c’est aller au contraire au-devant de la difficulté pour mieux la transformer.

7. Prendre du recul

Lâcher prise permet de se dégager des mécanismes comportementaux, par exemple rejeter ses propres erreurs sur les autres, remettre en question des stéréotypes sociaux sur la condition féminine ou masculine, faire le vide pour s’ouvrir à quelque chose de nouveau, être prêt à vivre une expérience unique.

Rechercher la solitude est la preuve d’une grande maturité et non pas d’un refus social (ou d’une sociophobie).

8. Jongler mentalement

Pour le créateur, peser le pour et le contre d’une idée, d’une décision, la refuser, l’accepter pour mieux l’abandonner, renverser une situation, toutes ces composantes font partie d’un processus naturel. La complexité apparaît alors comme l’élément moteur de la motivation. Le jeu n’est pas seulement réservé aux enfants, il démontre un esprit souple (flexible) et constructif.

9. Imaginer, simuler et mettre en scène

Sortir du cadre de référence donne au créateur le sentiment de vivre plus amplement, car il étouffe dans l’habitude. Il met en scène une nouvelle version de sa découverte. Celle-ci peut être perçue comme infantile, alors que ce n’est que la représentation d’une transgression par rapport à ce qui est déjà connu. L’imagination n’est jamais quelque chose de dangereux ! Que nous le voulions ou non, elle bouillonne sans cesse. Nous avons tout intérêt à l’accepter telle quelle.

10. Prendre des décisions rapidement

Le créateur, tout en jouant avec la complexité, conscient de la dynamique créative, arrive à se positionner naturellement. Ce n’est certes point une solution de facilité, mais plutôt un aboutissement du processus de transformation qu’il peut vite décider ainsi.

11. Associer librement les idées et les images

Que ce soit dans la littérature, dans le vécu, la connaissance ou les rêves, le créateur a besoin de combiner, consciemment ou inconsciemment les images, les idées et les sentiments.

Qu’est-ce qui empêche la créativité ?

a) Se définir à travers des valeurs traditionnelles sans lien avec notre talent
b) Vouloir le beurre et l’argent du beurre
c) Accepter la malveillance
d) Refuser la critique
d) La dépendance

Qu’est-ce qui favorise la créativité ?

a) Se définir à travers son potentiel
b) Faire des choix
c) Refuser la malveillance
d) Accepter la critique
d) L’autonomie