«Philosophie pragmatique/pragmatische Philosophie»
Photo: an-von/ilfe

La vieille lampe, achetée pour quelques francs au marché aux puces, fonctionne à nouveau. Un support d’ampoule était cassé, empêchant le courant électrique de circuler. Il y a deux ans, un électricien voulait me convaincre qu’une nouvelle lampe reviendrait meilleur marché que la réparation d’une ancienne lampe. Du coup, mes capacités cognitives s’étaient illuminées : la vie est faite d’imperfections, pourquoi était-il si important que toutes les ampoules de la lampe brillent ? Les étoiles dans le ciel sont parfois couvertes de nuages, certaines au loin sont éternellement invisibles depuis la Terre.

Dans un état de semi-conscience, des voix intérieures ont résonné : derrière une ampoule éteinte se cachent la paresse, la négligence ou l’indifférence, la résidente pourrait être pauvre, solitaire, malade ou, dans le pire des cas, tout en même temps. J’avais remis ces voix dans le bon ordre : même si la critique devait être fondée – ce qui ne l’était pas – une seule lumière éteinte ne justifiait pas l’achat d’une lampe neuve. Au fil du temps, je m’étais habituée à ce que cinq ampoules brillent au lieu de six. Ma vie ne s’en trouvait aucunement affectée et pas une fois un visiteur n’a eu l’idée de lever les yeux au plafond.

Récemment, un autre électricien de la même entreprise a résolu un problème de câble qui avait créé une panne dans le réseau informatique des locaux où je travaillais. Sa manière d’analyser les choses m’a tout de suite mis la puce à l’oreille. Convaincue qu’il pouvait trouver une solution pour le support cassé d’une des ampoules de la lampe, je le lui ai montré. Il l’a examiné, puis est sorti vers la voiture pour contrôler s’il en trouvait un parmi son matériel. Il est revenu déçu en disant que cette ancienne pièce n’existait probablement plus.

D’une voix triste qui renvoie chacun à ses profondeurs émotionnelles, j’ai calmement fait remarquer :

« Cette lampe symbolise tant de souvenirs ! Si vous trouvez une solution, vous êtes un génie, votre collègue l’aurait simplement remplacée par une lampe standard ». L’électricien m’a regardé droit dans les yeux comme s’il savait pertinemment que seule l’honnêteté définit le caractère d’un homme, que les choses réelles ne tombent pas du ciel, que le langage parlé se façonne à travers l’expérience. Me sentant sur le bon chemin, j’ai poursuivi naturellement : « prenez tout votre temps, décrochez la lampe du plafond, emportez-la avec vous et jetez un œil dans l’atelier du magasin. Je suis certaine que vous trouverez la pièce adéquate ».

Quelques jours plus tard, l’électricien, de bonne humeur, a téléphoné  qu’il aimerait installer le nouveau porte-ampoule. Son ingéniosité m’a convaincue : il avait commandé une nouvelle pièce, l’avait ajustée avec une lime en métal jusqu’à ce que l’ampoule s’allume. Le travail était facturé de manière raisonnable. Cependant, l’engagement personnel et la volonté d’adapter le nouveau à l’ancien n’ont pas de prix, tout comme dans mes activités d’artiste peintre ou de formatrice. En échange, je lui ai offert une œuvre pour souligner l’impossibilité de tout calculer en fonction de la charge de travail. Il l’a acceptée avec plaisir, signe que dans une bonne affaire, les deux parties en sortent gagnantes.

Cette expérience montre que lorsque je reconnais un problème, je dois d’abord accepter le fait qu’il peut être insoluble. Si je me fie à mon intuition, même s’il n’y a pas de réponse immédiate en vue, je me tourne inconsciemment vers une option de solution. Au moment voulu, il est plus facile de faire appel à l’intelligence et à la solidarité de l’autre. Ce processus exige de la résistance à la frustration, de la patience et du sang-froid ainsi qu’une pincée d’humour. Maintenir une attitude positive, sachant que d’une manière ou d’une autre, tout se passe comme il se doit, constitue un gage supplémentaire. Un « non » ne doit pas obligatoirement se répéter ou être définitif. Au contraire, il représente le point de départ de la solution. En d’autres termes, si une personne veut continuer à prospérer, il est important pour elle de concilier ses intérêts personnels avec la réalité extérieure, qu’elle ne peut pas encore pleinement comprendre.