ANTOINETTE VONLANTHEN
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Schlagwort: Créativité

La bienveillance, une compétence à développer en toute urgence

24Heures publie le 27 août sous la rubrique « Santé psychique »: Les tentatives de suicide explosent chez les jeunes filles. Nombreuses étudiantes ruminent de bien sombres pensées. Un phénomène complexe, difficile à expliquer (Lucie Monnat) .

Mes réflexions se dirigent d’abord vers de nouvelles voies dans la formation continue et la communication verbale. Celles-ci sont construites sur un modèle psychanalytique. Comment pourrait-il en être autrement? Mieux comprendre les interactions humaines, la transformation des rôles entre les hommes et les femmes, l’augmentation de la violence physique et morale, les conditions environnementales et la dégradation des écosystèmes, les exigeances excessives sur le marché de l’emploi et dans le domaine professionnel, où tout se définit à travers la fureur du marketing et des diplômes,  demande une lucidité extrême. Même si la plupart des adultes, hyperactifs, rechignent à réfléchir sur leurs comportements, préférant la tyrannie de la routine, ils suivent les mêmes mécanismes depuis leur enfance et refusent de grandir. Ils tiennent pour responsables de tous les maux ceux qui pensent différemment. Cette constatation me pousse à poser la question de savoir dans quelle mesure la bienveillance pourrait redonner un certain équilibre dans une société axée sur le divertissement, la rentabilité et l’efficacité. Le marketing des entreprises diffuse la promesse de la qualité alors que les employés, à plus de 60% des cas, se sentent bernés, deviennent dépendants de leurs supérieurs hiérarchique et, finalement, perdent leurs emplois. Non seulement les jeunes voient leur avenir avec angoisse, ils vivent chaque jour le drame des adultes, impuissants devant les défis de la société. Les entreprises créatives rassemblent des personnes autonomes, dont les perspectives de vie sont basées sur la constructivité et l’innovation.

Les souvenirs agréables nourrissent l’espoir

Avoir vécu une enfance dans laquelle la communication verbale a été au centre des relations sociales, facilite plus tard l’attention portée aux autres. Elle comporte également la capacité à gérer la pensée divergente et l’accueillir naturellement. De nombreux exemples montrent qu’il est possible de transformer le sentiment d’abandon ou de haine. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et psychanalyste français, après avoir été recueilli dans son enfance par une institutrice bordelaise pendant l’Occupation en 1941, en témoigne sur ses recherches et récits dus à la résilience et la construction de la personnalité.

Dans la dynamique des relations humaines, la bienveillance va bien au-delà de l’intimité entre les personnes. Elle touche l’identité, c’est-à-dire l’existence de la personne. Aimer l’enfant pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il devrait être est un modèle également valable dans l’éducation des adultes. L’interprétation de la bienveillance est souvent confondue au désir du contact amoureux, voire physique. Cette attente répond plus souvent à l’imaginaire de l’adulte, son ego, ses fantasmes, plutôt qu’au plaisir de partager ou de construire. Dans ce contexte, que signifie « le développement de l’intelligence artificielle » si le message renvoie à la disparition de l’interaction humaine, de la bienveillance et de la tendresse, voire de la race humaine ? Comment redéfinir notre vocabulaire et nos actes ? Être capable de porter un sentiment sincère d’amitié, une attention délicate à quelqu’un, devient une vraie compétence.

À peine savent-ils parler, les enfants sont confrontés aux recommandations des adultes : « Dis bonjour à la dame! », « Dis bonjour au monsieur! » ou encore: « Qu’est-ce qu’ON dit ? ». Cette manière  de mettre la pression ressemble fortement à la caractétistique des robots ! Les petits enfants ignorent les convenances et ont besoin de développer un sentiment naturel du « déjà vécu ». À l’école, sur 10 élèves, au moins 2* subissent des situations de violence physique, d’abus ou de maltraitance sous différentes formes. Tous, comme il se doit, apprennent à bien se comporter. Sur les réseaux sociaux, une forme de courtoisie est devenue un vrai programme. Son contraire également, le blocage, la dénonciation, l’insulte, le dénigrement ! Ce n’est qu’une retransmission modifiée de ce qui se vit au réel, mais fait perdre énormément de temps et d’énergie au faible maillon de la société.

Un tabou dans le monde du travail

Nos émotions basiques se répercutent dans tous les systèmes dans lesquels nous vivons: notre entourage, un parti politique ou un domaine d’activité particulier. Encore de nos jours, une barrière féroce s’élève entre vie privée et vie professionnelle. Pourtant, le mode des interactions sociales professionnelles est identique à celui de la vie privée: qui aime dicter dans sa famille, dicte dans l’entreprise, qui s’abaisse devant son père s’abaisse devant le directeur, qui ne veut pas chercher sa propre vérité, bafouille dans ses contradictions !

Les tabous explosent sous différentes formes : les transgressions sexuelles sont de plus en plus dénoncées, les relations amoureuse secrètes provoquent des conflits d’intérêts au niveau hiérarchique de l’entreprise, le résultat des bilans baigne (saigne) dans l’intransparence ! Gérer une quantité de chiffres demande un système de pensée linéaire. L’émotion étant absente lors d’attachement excessif à l’argent, elle déséquilibre la structure du raisonnement. La fermeture, la rigidité, les blocages, sont propices à toutes sortes de dérèglements.

La bienveillance crée la confiance et favorise le raisonnement

La chaleur humaine provient d’une énergie individuelle s’exprimant sous différentes formes. Ni le langage codé des collègues tactiles, forme d’attouchement paternaliste pour démontrer sa supériorité, ni les bisous et les accolades, souvent exagérés dans les entreprises, ne manifestent des attentions délicates. Ces comportements justifient une sorte de collégialité mais excluent parallèlement toute personne ayant un système de pensée différent. L’émancipation des femmes a bouleversé les rôles. L’exigence professionnelle, la dureté des jeux de pouvoirs les a rendues plus réservées, plus froides, hautaines, moins serviables et moins tolérantes. Ce comportement, certainement transitoire, est le résultat d’une grande fragilité en rapport avec l’égalité entre hommes et femmes.

Je me souviens d’une belle expérience lorsque jeune mère, j’avais repris mon activité professionnelle à Berne. Une collègue de travail tapait chaque matin à la porte de mon bureau et l’entrouvrait : « Bonjour, je vous souhaite une bonne journée! »

Je rapporte ici également le récit d’une femme qui, à une époque de sa vie, était très malade. Le médecin spécialiste l’avait examinée, puis il s’était intéressé à ses activités. Elle lui avait raconté que dans ses moments de désespoir, elle faisait de la confiture. « Vous avez utilisé quels fruits? » Elle avait répondu : « Des abricots séchés ». Le médecin : « Des abricots séchés? Comment avez-vous procédé ? » Étonnée de son intérêt, elle lui avait expliqué qu’elle avait créé la recette elle-même. En se concentrant sur la partie saine de la patiente, il avait renforcé le lien de confiance avec elle.

Ce comportement avant-gardiste présente une forte probabilité de contribuer à l’évolution de notre société.

Une société en plein malaise

Que ce soit chez un homme ou une femme, la bienveillance engendre des malentendus et des attentes irréalistes, débouche sur des fantasmes, comme le désir d’une relation amoureuse. Reconsidérer la générosité à un niveau élargi nous remet en question, ce qui est parfois désagréable et pourtant si utile.

Développer non pas la sentimentalité, mais la bonté et l’intuition

Elles constituent un bagage spirituel utile à la survie de la communauté. Contrairement aux méthodes modernes relaxantes, il importe d’entraîner également la résistance à la frustration, l’acceptation de l’échec et au renoncement, à l’adaptation à des situations déplaisantes à certains moments de la vie, donc :

  • développer l’autonomie
  • apprendre à s’aimer
  • développer la pensée constructiviste
  • développer la créativité
  • s’entourer de bonnes personnes
  • se relier à la nature
  • offrir des mots, partager sa résidence secondaire, offrir des fleurs, partager ses repas
  • vivre au présent
  • se faire confiance
  • cultiver la solitude

Voir ce qui est bien chez l’autre, et le lui dire en face (et pas seulement sur les réseaux sociaux)

Contrairement à l’admiration, la générosité et l’ouverture sauvent du désespoir, n’importe où et n’importe quand : par exemple, être capable d’exprimer spontanément à une personne ce que nous voyons de bien en elle. Bien que le face-à-face reste le luxe de l’interaction humaine, l’objectif premier de Facebook était le partage social, une forme de bienveillance « en ligne ».

Dans le management, la bienveillance est considérée comme un signe d’inefficacité ou de faiblesse, voire de fragilité. La prise de pouvoir est déterminée par un sentiment unilatéral de survie, par un rapport de forces entre plusieurs groupes, et moins par un besoin de reconnaissance et d’approbation générale pour le bien commun. Le sentiment de survie est alors mêlé, comme chez les animaux, au désir de domination. La plupart des managers craignent la perte d’une quelconque marque d’objectivité. La bienveillance n’entre pas dans le catalogue de la qualité de travail et ne sert pas à créer du potentiel. Par contre, le passage de l’émotion à l’action nécessite la force du raisonnement. Cette énergie pourrait être un modèle en vue de trouver des solutions face à la violence, à la pollution de l’air, à la capacité à s’exprimer dans plusieurs langues, mener une entreprise pour le bénéfice de tous.

La bienveillance évoquée provient de cet échange particulier auquel nous aspirons : créer des relations humaines lucides et courageuses où ni l’âge, l’état civil, la profession et le statut, la nationalité et ni l’appartenance à un groupe ne jouent un rôle et où la divergence d’opinions mène à des solutions.

 

 

 

 

 

*Les enfants exposé∙e∙s à la violence conjugale : état des lieux de leur prise en charge dans la République et Canton du Jura
Août 2015

APPRENDRE UNE LANGUE AVEC ENTHOUSIASME ET CONVICTION

Dans la didactique des langues, la formation continue et la communication interpersonnelle, le processus créateur implique les capacités et les savoir-faire suivants:

Visualiser les objectifs

  • Écouter sa voix intérieure
  • Supporter le doute
  • Accepter la difficulté
  • Croire en l’impossible
  • Vaincre la peur de faire des fautes
  • Être prêt à prendre du recul

«Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin». Youcenar
«Wo Aufmerksamkeit ist, da geschieht Lernen».  Tim Gallwey

Prendre du recul

  • Chercher la solitude
  • Supporter la tranquillité
  • Se centrer
  • Se valoriser
  • Ne pas vouloir plaire à tout le monde
  • Être prêt à la réflexion du « devenir »

«La vie doit être une éducation incessante; il faut tout apprendre, depuis parler jusqu’à mourir». Gustave Flaubert – Correspondance
«Und jedem Anfang wohnt ein Zauber inne …» Hermann Hesse

Réfléchir au «devenir»

  • Observer et comprendre les faits pratiques
  • Évaluer ses compétences
  • Sélectionner ses modèles de références
  • Définir les ressources à disposition
  • Refuser la passivité et l’oisiveté
  • Être prêt à sortir de son cadre de référence

«Deviens celui que tu es. Fais ce que toi seul peux faire». Nietzsche
«Lebe so, dass du sagen kannst: Die Vergangenheit ist Geschichte, die Zukunft ist ein Geheimnis, doch dieser Augenblick ist ein Geschenk». alte indische Weisheit

Sortir de son cadre de référence

  • Agir de manière autonome
  • Agir courageusement
  • Refuser les alibis
  • Ne pas se perdre dans les comparaisons
  • Accepter d’être différent
  • Sortir du rôle de victime
  • Être prêt à fixer des objectifs ambitieux et les appliquer

«Il n’est pas indispensable de garder toujours le même point de vue; personne ne peut nous empêcher de devenir plus intelligent». Konrad Adenauer
«Um an den Ort zu gelangen wohin du möchtest, mußt du den Ort verlassen wo du gerade bist». Antoinette Vonlanthen

Fixer des objectifs ambitieux

  • Faire face aux résistances
  • Faire face aux déceptions
  • Créer de nouveaux rapports humains
  • Affronter la peur
  • Se protéger contre les distractions et les tentations
  • Planifier et organiser
  • Être prêt à découvrir la nouveauté

«Mieux vaut tomber de très haut que de voler comme un moineau». Dimitri T. Analis
«Das Beste was du für dich selbst und für die ganze Welt tun kannst, ist, das Beste aus dir selbst zu machen». Rudolf Steiner

Découvrir la nouveauté

  • Se libérer du connu
  • Se confronter aux approches créatives
  • Croire en son imagination
  • Se faire confiance
  • Accepter ses erreurs
  • Être prêt à expérimenter

«La vie doit être une éducation incessante; il faut tout apprendre, depuis parler jusqu’à mourir». Gustave Flaubert – Correspondance
«Die Gedanken, die wir uns auswählen, sind die Werkzeuge, mit denen wir die Lein Die Gedanken, die wir uns auswählen, sind die Werkzeuge, mit denen wir die Leinwand unseres Lebens anmalen». Louise L. Hay

Expérimenter son potentiel

  • Renoncer à la médiocrité
  • Faire fructifier son savoir
  • Accepter sa peur
  • Recommencer
  • Se dépasser
  • Développer sa volonté
  • Être prêt à persévérer

«Exposez-vous à vos peurs les plus profondes ; après cela, la peur ne pourra plus vous atteindre». Jim Morrison
«Das Außerordentliche geschieht nicht auf glattem gewöhnlichem Wege».  Goethe

Persévérer

  • Se fixer une ou plusieurs lignes directrices
  • Revoir ce qui donne du sens
  • Intégrer les connaissances acquises dans sa propre expérience
  • Refuser et éviter l’arrogance, l’ignorance, la malhonnêteté, la méchanceté, la médiocrité, l’hypocrisie, la manipulation visant la déstabilisation
  • Savoir se reposer et bien se nourrir
  • Être prêt à se positionner

 «Les deux secrets d’un succès: la qualité et la création». Bocuse
«Die Welt wird nicht bedroht von den Menschen, die böse sind sondern von denen, die das Böse zulassen». Einstein

Se positionner face à des conditions d’incertitude

  • Affronter ouvertement le ou les conflits
  • Analyser et essayer de comprendre 
  • Transformer les difficultés constructivement
  • Réfléchir aux retombées
  • Mesurer les risques
  • Prendre des décisions
  • Compter sur ses amis et discuter avec eux
  • Être prêt à mettre en valeur ses talents

«L’harmonie naît du choix des risques. La liberté ce n’est pas faire n’importe quoi mais choisir ses contraintes». Joël de Rosnay
 «Wenn man zwei oder drei Menschen hat, aber was sage ich denn, wenn man nur einen einzigen Menschen hat, dem gegenüber man schwach, armselig und zerknirscht sein darf und der einem dafür nicht wehe tut, dann ist man reich».  Milena Jesenskà

Mettre en valeur ses talents

  • Exercer sa passion pour le plaisir et non pour l’argent
  • Entretenir sa curiosité
  • Être capable de se détacher de toute chose
  • Oser entrer en contact avec des personnalités connues
  • Défendre ses convictions
  • S’exposer
  • Publier
  • Être prêt à miser sur le succès tout en pouvant accepter l’échec

«L’imagination est plus importante que la connaissance car la connaissance est limitée».
«Phantasie ist wichtiger als Wissen, denn Wissen ist begrenzt». Einstein

Miser sur le bien-être

  • Accepter la reconnaissance du public
  • Ne pas succomber devant l’admiration des autres
  • Savoir apprécier d’être «unique»
  • Rester modeste
  • Être conscient que rien n’est acquis définitivement
  • Remercier à tous les compliments reçus
  • Saisir la chance du succès pour créer de nouvelles relations, de nouveaux objectifs

«Mon point fort, si j’en ai un, c’est la performance. J’en fais toujours plus que ce que je dis.  Je produis toujours plus que ce que je promets». Richard Nixon
«Eine Erfolgsformel kann ich dir nicht geben; aber ich kann dir sagen, was zum Misserfolg führt: der Versuch jedem gerecht zu werden». Herbert Bayard Swope

 

© Texte: Antoinette Vonlanthen, 2018

Le succès de Jules Brand (Une conversation chez les Benoît)

Aujourd’hui, à dîner, M. Benoît et Germaine ont eu une conversation vraiment intéressante. A peine assise à table, Germaine a demandé à son père:

— Pourquoi as-tu justement choisi ce Jules Brand comme apprenti, au bureau, ce matin?

— Eh, ma fille, Jules Brand n’a-t-il pas l’air intelligent et comme il faut?

— Je veux bien… Mais sur les neuf candidats qui se sont présentés, lui seul est venu sans certificats, sans recommandations et nous ne connaissons même pas sa famille.

— Cela est vrai, Germaine. Mais les Brand sont sûrement des gens d’ordre et de propreté.

— Comment le sais-tu papa?

— Je vais te le dire. Avant d’entrer dans mon bureau, ce jeune homme a frappé discrètement à la porte. Puis, il s’est soigneusement essuyé les pieds sur le paillasson. Ensuite, il a ôté poliment son chapeau et, sur mon invitation, s’est assis tranquillement sur une chaise et non brusquement comme les autres… N’est-ce pas la preuve que Jules Brand est bien élevé?

— Si, papa, mais encore?

— Ensuite, il a dit simplement et distinctement ce qu’il avait à dire. Il a écouté attentivement mes questions et m’a avoué franchement qu’il ne sait rien ou peu de chose. Il a ramassé promptement une feuille de papier tombée à terre, au lieu de marcher dessus comme les autres jeunes gens, pourtant chaudement recommandés … Cette action …

— Ah ! Je comprends maintenant …

— Oui, ma fille, cette action a suffi pour me déterminer. J’ai engagé Jules Brand tout de suite, parce que ses certificats et ses recommandations, il les porte sur lui et dans sa conduite …

Les frères et sœurs de Germaine ont écouté silencieusement cette conversation. Mais, en sortant de table, Charlot s’est dit: Oh! Plus tard, je veux aussi faire comme Jules Brand.

 

 

Cours intuitif de français, deuxième année, À LA MAISON von Albert Schenk und Ernest Trösch, Verlag W. Trösch, 1922, Leçon 24, page 60, Lecture

La question de l’engagement

Antoinette Vonlanthen

Vouloir se comprendre entre individus exige un regard bienveillant sur sa propre trajectoire de vie. La rencontre avec des personnes engagées a un lien étroit avec la relation que nous entretenons avec nous-même. Rester dans de mauvaises relations favorise les mauvaises énergies et donne l’illusion de pouvoir être libéré un jour de nos responsabilités. Face au devenir adulte, la réalité quotidienne reflète une coupure brutale avec notre désir d’être compris. C’est comme apprendre à jouer d’un instrument. La voix et la mélodie, ça se peaufine. Apprendre à peindre, les formes et les couleurs, ça se travaille. S’exercer à entrer en contact avec les autres, créer une relation, s’investir personnellement, démontre la capacité à gérer les contraintes émotives tout en étant capable d’intégrer la notion de conflit et de solution. À la base du contact personnel, il y a la joie que procure la rencontre, le désir du partage d’idées et d’informations. Ensuite, dans la relation, il y a le désir du partage des valeurs, de la coopération, de biens matériels et immatériels. Beaucoup de personnes ont un esprit encombré et font la distinction continuelle entre contact, rencontre, échange relationnel et relation amoureuse, échange entre homme et femme – le couple –, entre hommes – homosexuels –, entre femmes – lesbiennes–, entre parents et enfants, entre membres de la famille, entre employeurs et employés. Être en contact avec une personne est une chose simple, spontanée, une expérience directe. Changer le cours de l’histoire ne se restreint ni à la connaissance intellectuelle, ni au contrôle permanent de l’individu afin de mieux le maîtriser.

La simplicité facilite les relations humaines

La fragmentation des formes de relations humaines, l’avarice, la fermeture sur soi, l’anxiété, séparent les individus, elle les effraie, les déstabilise. Ils ne comprennent alors pas qu’ils puissent être la source d’intérêt authentique et se ferment aux autres. La peur de trop donner est devenue une stratégie de survie. Les mauvaises expériences se cristallisent dans un modèle standard. Prendre sur soi la frustration, le négativisme dévalorise profondément l’humain. Il s’installe la méfiance, un calcul froid, une exigence démesurée face aux autres, loin de la sagesse potentielle de son propre fonctionnement. La générosité et l’ouverture renforcent la sensitivité et l’émotion. L’impression de trop avoir donné et de ne pas en avoir reçu autant cache un désespoir profond. Je pense aux parents d’enfants handicapés mentalement, ou aussi aux enfants dont un parent est malade et qu’ils doivent accompagner. Je pense surtout à tous ces innocents traités comme des objets, les personnes du troisième âge, considérées comme inutiles dans une société de performance. Curieusement, ce ne sont pas eux qui se plaignent. Non, ce sont ceux qui s’ennuient dans la vie, courent après les fantômes et cherchent des fautifs à leur malheur. Les arbres, les oiseaux, les montagnes, le vent, tout ce qui se meut dans le monde les endurcit alors que la simplicité est une ouverture aux signes intérieurs des choses. Au lieu de nourrir un esprit souple, clair et vif, ils propagent une énergie destructrice autour d’eux parce qu’ils veulent tout: un statut honorable, un bon travail, la voiture, la villa, la résidence secondaire – souvent vide –, les vacances, la richesse, l’amour, le glamour. Ils restent fermés dans leur système de pensée, de solitude, car ils semblent plus protecteurs que l’engagement personnel.

Lorsque j’entre en contact avec une personne, je prends l’initiative de m’investir dans cette interaction, je n’éprouve pas le besoin de l’instruire, de la faire changer de pensée. J’essaie de partager avec elle quelque chose de moi-même, mon expérience. La communication interpersonnelle n’est pratiquement jamais réalisée entièrement. Se sentir compris par une personne que nous ne connaissons pas est une expérience rare, unique, porteuse d’espoir. Le désir du partage avec autrui et l’ouverture envers les autres valent la peine d’être vécus. Porter de l’intérêt aux divergences nous aide à mieux nous connaître.

S’ouvrir aux autres, demande des efforts considérables

«Être intéressé à sa propre conscience et comprendre le processus de notre fonctionnement est un exercice ardu. Nous ne devons laisser subsister aucune réserve intérieure, nous devons donc être mus par une impulsion irrésistible à connaître jusqu’au tréfonds de soi-même le processus de notre être, ce qui sous-tend d’être éveillés à chaque appel intérieur, à chaque murmure, à nos craintes, à nos espoirs et y pénétrer tout en se libérant, de plus en plus. Ce n’est qu’alors – lorsque l’esprit et le cœur sont réellement simples, non cristallisés −, que nous pouvons résoudre les nombreux problèmes qui se dressent devant nous.» (Jiddu Krishnamurti).

Encore aujourd’hui, l’expérience de l’investissement personnel est considéré comme une valeur morale intime et non pas comme un processus de changement dans la détermination des valeurs. Chaque compétence professionnelle doit être supervisée, la connaissance est soumise à des contrôles permanents bien que la perte d’emploi devienne vertigineuse. Désobéir est mal, gagner de l’argent est bien, apprendre dans un cursus universitaire est hautement désirable, lire pour le plaisir n’est pas recommandable, tricher est intelligent, aimer son prochain constitue le plus grand bien, quitte à lui mentir s’il devient une charge trop lourde, même si un sentiment de honte, de peur, de méfiance, de désespoir l’envahit. Sortir de son cadre de référence représente une forme de trahison dans le système familial. Malgré l’avancement des nouvelles technologies, l’homme moderne est fondamentalement aliéné par rapport à lui-même. La conséquence est visible dans l’augmentation des dépressions et l’obésité, mais également dans le nombre élevé de suicides en Suisse, dans la manière complexe et peu compréhensible de communiquer, de garder son intelligence et ses richesses pour soi. Est-ce que ce n’est justement pas ce qui engendre l’envie, l’intolérance, le désir de vengeance et finalement la violence généralisée au niveau mondial?

Que veut dire «avoir le courage de s’investir et de vivre des relations interpersonnelles»?

Ci-dessous, quelques caractéristiques:

• connaître ses capacités
• être en confiance avec son intuition
• être simple, authentique
• être libre de choisir
• ne pas se sentir obligé de satisfaire les attentes des autres
• reconnaître, jongler et accepter ses propres limites
• accepter le doute et être capable de le formuler
• pouvoir faire une erreur et en supporter les conséquences
• chercher à être clair
• avoir la capacité de s’amuser avec sa connaissance, avec les faits
• jouer avec les mots
• accepter d’être critiqué
• aller au bout de soi, sans calcul
• savoir recevoir
• favoriser la découverte
• se dépasser
• innover

et aussi

• se faire respecter
• refuser la manipulation
• refuser une manière de communiquer infantilisante

Comprendre le désengagement pour mieux y faire face

Sur le lieu du travail, lors de voyages, de réceptions, nous sommes parfois en présence de personnes que nous n’avons pas choisies. Elles nous donnent l’occasion de nous ouvrir à notre propre expérience et à intégrer en soi le processus même du changement. Mais, que faire lorsqu’un interlocuteur est fermé, introverti, refuse le dialogue? L’expérience dans notre entourage, la connaissance en sciences humaines nous apprend, par exemple, que les enfants manipulés psychologiquement, c’est-à-dire exploités par leurs parents, ou qui ont subi des actes de violence ou ont été abusés sexuellement, restent souvent jusqu’à un âge avancé, ou même durant toute leur vie, dans l’incapacité de formuler leur pensée, de mettre des mots sur leurs émotions. Le corps et l’âme sont déchirés.
Pour croire profondément en l’humain, il est intéressant de saisir les raisons diverses du désengagement personnel. Derrière les façades, le cynisme glacial et l’arrogance peuvent se cacher la maladie, la pauvreté, les envies suicidaires, la peur existentielle, l’ignorance et aussi la méchanceté, la frustration, un comportement destructeur. Le refus de s’investir et d’entretenir des relations représente l’incapacité de franchir les limites d’un monde étriqué, d’un quotidien figé. Celui dans lequel chacun de nous est vite emprisonné si nous ne faisons pas de l’investissement personnel un exercice quotidien.

L’indépendance d’esprit, la créativité, la confiance en soi sont facilitées lorsque l’autocritique et l’autoévaluation sont considérées comme fondamentales et que l’évaluation par autrui est vue comme secondaire. Suivre des cours de français, ou une autre langue, chercher à mieux communiquer, sont des moyens puissants pour se libérer des contraintes qui nous sont imposées ou que nous nous imposons à nous-même! Bien que les relations humaines ne puissent être définies dans un simple catalogue, il est intéressant de connaître les valeurs que nous voulons défendre et suivre un fil rouge de notre développement personnel.

Quelles sont les qualités attribuées à une personne libre et engagée?

Elle

a.   répond à vos questions, à votre lettre et e-mails
b.   pose des questions si elle ne comprend pas
c.   s’intéresse à vous, à vos idées
d.   cherche à vous faire plaisir
e.   vous remercie
f.    ne cherche pas à vous séduire pour obtenir quelque chose de vous
g.   sait convaincre par des mots simples
h.   sait écouter
i.    montre ses émotions
j.    n’a pas peur de donner des raisons à ses refus
k.   encourage le partage
l.    ne mentionne jamais le temps qu’elle pourrait perdre
m.  ne dit jamais «pas de problème»
n.   vous fait sentir que vous êtes important
o.   formule ses propres doutes
p.   se fait excuser si elle fait des erreurs
q.   ne délègue pas une demande personnelle qui lui est adressée
r.   vous donne son avis si vous le lui demandez
s.   vous conseille spontanément si vous le lui demandez et ne vous répond pas immédiatement «C’est à vous de savoir»
t.   vous fait de meilleures propositions si elle critique votre activité
u.  prend contact avec vous si la sympathie s’installe et n’attend pas que vous fassiez le premier pas
v.   a le courage de parler avec «je» et non pas «on / nous» lorsqu’il s’agit de prendre position et de décider
w.  vous critique en donnant des raisons concrètes
x.   pense ce qu’elle dit et elle fait ce qu’elle dit
y.   se réjouit que vous pensiez différemment d’elle
z.   vous sourit et a un minimum d’humour

L’investissement personnel est comme une marque protégée, une marque de santé. Elle se trouve partout et nulle part; là où l’on s’y attend le moins!

Le goût du risque

Dans notre société moderne, se sentir victime est devenu une banalité, presque une mode: sous l’emprise des responsables politiques, d’un système familial malsain, d’une entreprise visant des rendements toujours plus élevés, la liste est longue. Chacun de nous a vécu au moins une fois un événement traumatique ou même plusieurs, graves parfois. Cela ne justifie pas notre mauvaise habitude de donner plus de pouvoir aux autres qu’à nous-même et de croire qu’ils participeront à la résolution de nos conflits. Apprendre à s’investir devient possible lorsqu’il n’y a pas d’autre choix que de risquer d’être pleinement authentique, lorsque le changement devient inévitable, la décision irrévocable.

Sortir de son cadre de référence

Se sentir digne de vivre, se découvrir, c’est faire confiance à son besoin de transformation. Vouloir être soi-même, c’est tout mettre en œuvre pour y parvenir, soit:

• se former
• prendre soin de soi
• connaître ses besoins
• se respecter
• apprendre à être seul
• être créatif
• s’exercer à s’exprimer
• se passionner pour quelque chose
• considérer l’expérience comme une richesse
• prendre en compte les difficultés de la vie comme un processus naturel
• travailler sur la motivation
• accepter de ne pas tout savoir

L’engagement, un signe de liberté et de maturité

La responsabilité personnelle est d’une importance cruciale. Prendre l’initiative de tracer un nouveau chemin tout en gardant les pieds sur terre, regarder ses angoisses en face et prendre le dessus, personne ne peut le faire à notre place. Si nous n’arrivons pas en tant qu’humain, en tant que société, à utiliser notre potentiel dans l’engagement avec les autres, l’humanité court à sa perte.
La meilleure leçon de courage, je l’ai apprise à l’école, au cours d’histoire. Appelée à m’exprimer sur une leçon que nous avions dû apprendre sur L’Empire romain et les Barbares d’Occident, j’étais debout sur le podium, face à une vingtaine de camarades de classe. Le professeur m’interrogeait sans que je sois capable de répondre. Première, deuxième, troisième question, ainsi de suite.

− Antoinette, tu n’as pas appris ta leçon ? avait-il demandé.
− J’ai lu les chapitres et j’ai oublié, avais-je répondu.

J’étais incapable de rétorquer qu’il n’y avait rien de valable à devoir comprendre les batailles des barbares. Ne pas savoir, quelle belle leçon d’humilité! J’avais obtenu la note 1 sur 10 et me suis souvenue que dans la vie, il fallait se contenter de peu! À douze ans, mes activités quotidiennes, le dessin, les bonnes rédactions que j’écrivais, les tortues qui s’échappaient du jardin, le déménagement prochain de notre domicile m’absorbaient. Tout au fond de moi, quelque chose de très fort se rebiffait à la pensée que la date de l’abdication de Romulus Augustule puisse changer le cours de ma vie!
Ce qui est difficile nous donne l’occasion de vivre des relations humaines riches, de nous investir là où c’est important, même si à certains instants, nous avons l’impression de sombrer dans le doute.

 

 

 

 

L’utilisation du genre masculin a été adoptée afin de faciliter la lecture. Elle n’a aucune intention discriminatoire.

Langenthal, le 20 mars 2017