Dans ce texte, j’utilise le pronom „nous“ en vue d’intégrer les nombreux dialogues avec des personnes engagées dans la formation continue et le développement personnel. Il m’importe de partager mes réflexions et non pas de parler en leur nom ou dans l’intention d’imposer mes convictions.

Porter de l’intérêt aux autres, c’est porter un regard sur soi. C’est une expérience en constante évolution. Il est difficile de sortir des sentiers battus lorsque nous sommes attachés à nos amis, aux membres de la famille dans laquelle nous vivons ou aux membres de l’organisation ou de l’entreprise dans laquelle nous travaillons. En devenant adultes, nous réalisons que nous sommes mal ou pas du tout préparés à l’évolution de notre personnalité.

Nous a-t-on enseigné une fois que les habitudes alourdissent et étouffent la qualité de notre mémoire ? Que le détachement favorise la créativité ? Que le désir de possession pouvait l’entraver ? Que face à notre envie d’autonomie, les anciennes coutumes procurent certes un sentiment d’appartenance mais qu’elles nous déstabilisent en même temps ?

Vouloir repartir à zéro s’apparente à un état léthargique, comme si nous étions couchés sur un nuage dissoluble, prêts à nous laisser couler dans le précipice. De nos doutes explosent les craintes, de notre peur explose le désir de tout retenir.

Les nouvelles idées surgissent dans la sérénité, viennent et disparaissent, resurgissent là où on ne les attend pas et s’effacent aussitôt. Avoir accès à cette intelligence fluide et cristallisée n’est pas chose aisée pour qui se détourne des obstacles et des conflits, privilégie la distraction et le gain, ne peut résister à la tendance de se comparer aux autres. Dans une société visant la performance, il faut beaucoup de courage, d’endurance et de persuasion pour affronter la complexité de la vie et faire l’expérience du vide. Le dépassement de soi renforce la confiance et la superficialité détruit l’estime de soi.

Est-il possible d’évoluer en restant attachés à nos proches ?

Je le pense, toutefois dans un nouveau contexte. Partager la singularité que nous avons difficilement construite, c’est être capable d’assumer la solitude, donc pouvoir partager sa fragilité et la nommer. Je ressens régulièrement un déséquilibre entre ce que je crois être et les images que les autres se font de moi. La vulnérabilité est sacrée, elle s’explique avec peine. Elle nous préserve certainement de la violence en nous, de la brutalité que les autres nous infligent dans une indifférence totale. L’expérience n’est pas quantifiable et ne peut se mesurer en matière de force ou de faiblesse, de succès ou d’échec. Elle touche chaque membre de la famille ou de l’entreprise à des degrés variables. Nous nous développons grâce à nos différences. La richesse spirituelle d’une personne incite au partage et à la découverte mais peut également déclencher chez les autres un sentiment de jalousie, de haine et de dégoût, car pour mieux se connaître, il faut avoir la volonté de travailler sur soi-même. Cette décision délibérée demande de l’effort, de l’endurance, de la résilience et de la vigilance. C’est la raison pour laquelle, la majorité d’entre nous préfère maintenir le statut quo en continuant à tisser des fils pourtant usés et sans couleur. Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement, dit Bouddha.

Supporter cette ambivalence influence la mémoire. Dans le chaos, des particules bienveillantes se développent et mettent de l’ordre pour que les mots émergent et résonnent. Porter une attention particulière à ce détail se répercute agréablement sur le dialogue.

Apprendre ou améliorer une langue dans un tel contexte procure un sentiment profond de liberté. Je trouve cela révolutionnaire.